Les cahiers de Pierre Radanne

Accueil     Présentation de FF4     Nos missions     Projet NECTAR     Les négociations climat     Contactez-nous      
Ce qui s'est passé à Bali     Poznan Solidarité manquée     Bonn II 2009     Décryptage Bangkok     Conférence de Copenhague     Bonn III 2010     Conférence de Cancún      

NOTE DE DECRYPTAGE BONN 2

JUIN 2009

A.   Le contexte de la négociation après le rapport du président de l’AWG- KP, Michael Cutajar et la réunion de Bonn du 27/3 au 8/4/2009

o   Le résultat des CdP de Bali et de Poznań

Les conférences de Bali et de Poznań furent engagées sur la base du 4ème rapport du GIEC. Le constat de l’évolution du climat exprimé par les experts du GIEC rend indispensable les décisions suivantes :

§  Un réchauffement contenu à moins de 2°C par rapport à la période préindustrielle. Ce premier objectif, duquel découlent tous les autres, résulte essentiellement de la perte future de la pluviométrie dans les zones tropicales, car celle-ci engendrerait une chute dramatique dramatique de la production agricole si le réchauffement était supérieur à 2°.

§  Une concentration de moins de 450 ppm de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

§  Une division par deux des émissions mondiales de gaz à effet de serre à l’horizon 2050.

Mais le débat sur la « vision partagée » sur les objectifs climatiques à long terme engagé à Poznań n’a pas scellé l’accord espéré. Il n’est évidemment pas possible de s’accorder sur un objectif de stabilisation du climat mondial, qui engage donc la totalité des pays, sans disposer d’une garantie de développement. Aussi, cette entrée par la fixation d’objectifs climatiques a échoué, faute de bénéficier d’un contexte de confiance suffisant.

En conséquence, le travail à faire pour construire la vision d’un développement réussi sera considérable. Il se confirme donc que pour les pays africains un succès dans la négociation passe par des propositions très précises permettant de concilier l’accès au développement des pays, une trajectoire infléchie des émissions de gaz à effet de serre et une adaptation au changement climatique.

Par ailleurs, les derniers développements scientifiques marquent une nette aggravation des diagnostics, notamment au plan des conséquences à très long terme.

o   Les options du rapport Cutajar

Les termes de référence de la nouvelle négociation sont définis par le Plan d’Action de Bali et plus récemment par le rapport de Michael Cutajar, président du groupe de travail spécial l’AWG-LCA (groupe de travail sur les engagements de long terme dans le cadre de la Convention) de début mars 2009. Ce rapport  fixe à la fois le contenu du dossier de négociation et détermine les échéances pour l’année 2009.

Il visait à introduire les réflexions pour la réunion de Bonn de fin mars-début avril 2009, qui constituait le premier rendez-vous organisé après la prise de fonction de Barack Obama. C’est donc ce document qui lance officiellement la négociation, dont il a nettement clarifié le contenu en proposant l’approche suivante :

§  Il réaffirme la nécessité de prises d’engagements par les pays industrialisés selon le principe adopté à Kyoto.

§  Il fait aussi le constat qu’une différenciation entre pays émergents et PED s’est avéré impossible, malgré l’attente des Etats-Unis et des autres pays de l’Annexe 1 de voir la Chine et l’Inde prendre des engagements contraignants d’inflexion de leurs émissions.

§  Il propose comme disposition centrale la mise en place de NAMAs (Nationally Appropriate Mitigation Actions) qui constitueront des plans de lutte contre le changement climatique élaborés par les pays pour infléchir leurs émissions.

§  Il souligne la question de la mise en œuvre de mécanismes de financement qui viendront supporter ces NAMAs.

§  Il évoque les possibilités d’un élargissement des politiques à partir des apports récents de la négociation concernant l’adaptation, la déforestation et les transferts de technologies.

o   La réunion de Bonn de mars-avril

La réunion de Bonn qui a suivi a permis :

§  Une première expression de la nouvelle équipe de négociation américaine avec les priorités suivantes : une prise d’engagements volontaire pour 2020, une demande d’engagements de la part des pays émergents, un accord exprimé sur les objectifs à long terme du GIEC, la reconnaissance de la nécessité de mobiliser des moyens financiers et d’aider à l’accès aux technologies propres mais aussi un refus persistant du cadre du Protocole de Kyoto et une grande prudence vis-à-vis des mécanismes de Kyoto.

§  L’engagement de la discussion sur le contenu possible des NAMAs. Si ce cadre a fait l’objet d’un accord général sur des plans nationaux d’actions préparés par les pays, il reste à en définir précisément le contenu. Le cadre des NAMAs apparaît insuffisant et inadapté pour les actions concernant la déforestation. Ces dernières nécessiteront en effet un encadrement plus strict et plus précis que celui offert par les NAMAs tels qu’envisagés jusqu’à maintenant. On s’achemine également vers la généralisation à tous les pays des PANAs (Plans d’Action Nationaux d’Adaptation).

§  Le refus américain de réintégrer le Protocole de Kyoto tandis que les PED s’opposent à sa remise en cause oriente les réflexions vers la conclusion d’un nouveau protocole à la Convention de Rio, qui viendrait s’adjoindre au Protocole de Kyoto. En effet, un abandon du protocole de Kyoto pourrait ouvrir la voie à un renoncement au principe d’engagements juridiquement contraignants de la part des pays industrialisés.

§  Autre option : une réintégration purement et simplement dans le Protocole de Kyoto, de toutes les nouvelles dispositions (ou directement dans la Convention de Rio). Cette hypothèse correspond soit à une acceptation par les Etats-Unis du cadre et des engagements du Protocole de Kyoto soit à l’inverse à un renoncement collectif aux points faisant aujourd’hui conflit compte tenu d’autres avancées dans l’accord en compensation.

Ces positions ne peuvent évidemment pas être considérés, en ce début de négociation, comme définitives.

o   Les conclusions à en tirer

§  Le flou ainsi engendré complique considérablement la phase immédiate de préparation des accords juridiques pour Copenhague. Dans ce contexte, l’hypothèse la plus probable est celle d’amendements minimaux au Protocole de Kyoto à Copenhague et d’élaboration d’un nouveau texte de protocole, qui serait construit à Copenhague et soumis à validation juridique lors de la CdP suivante.

§  La négociation va s’articuler autour des NAMAs. Il va falloir dans un premier temps en définir les contours techniques et trouver un accord sur les modalités d’adoption, de validation et de financement.

o   Les rapports des présidents des groupes de travail de mi-mai

C’est dans ce contexte que les deux rapports des présidents des deux groupes de travail (de Jose Machado pour l’AWG-KP) et (de Michael Cutajar pour l’AWG-LCA) ont été rendus à la mi-mai. Compte tenu de la multitude des divergences et du nombre très important de schémas possibles de transactions entre les parties sur les divers points en négociation, les rapports des présidents ont été visiblement rédigés autour des options suivantes :

§  Ne pas préempter la forme légale future ;

§  Inclure tous les élargissements possibles de sujets mis en débat afin qu’ils puissent être retenus pour la négociation de Copenhague parce qu’ayant été intégrés en respectant le délai légal de 6 mois avant la décision de la CdP.

Il ne s’agissait en aucune façon de proposer des synthèses ou de rejeter des propositions. Ces choix politiques seront l’objet des intenses discussions qui s’échelonneront entre le Sbsta de Bonn et la        CdP de Copenhague.

 

Pour l’Afrique : A noter que la réalisation d’études sectorielles qui fonde le projet Nectar s’affirme de plus en plus comme la bonne option puisque le centre de gravité de la négociation est la généralisation du passage à l’action tant pour l’adaptation que pour l’atténuation. Et ce, même si la prise en compte de ces études ne sera possible et utile qu’au-delà de la CdP de Copenhague.

 

B.   Les objectifs atteignables par la CdP de Copenhague

Un accord généralisé, tel qu’initialement espéré à Copenhague, devrait associer les aspects suivants :

§  Des engagements contraignants pour tous les pays industrialisés sur un mode identique à celui de Kyoto ;

§  Une mise en mouvement des pays émergents et des PED proportionnellement à leurs moyens, en distinguant les moyens techniques et les moyens financiers (cf. soumission de la Turquie) ;

§  Un intéressement des pays en développement à l’action par des mécanismes de financement importants, diversifiés et prévisibles et par des incitations à l’investissement dans ces pays ;

§  Des actions nouvelles qui permettent d’avancer vers la construction d’un mode de développement sobre en énergie et à bas niveau d’émissions de gaz à effet de serre (lutte contre la déforestation, politiques d’adaptation, transferts de technologies) ;

§  A cela s’ajoute le cadre de négociation lui-même, selon que les Etats-Unis acceptent ou non le cadre du protocole de Kyoto ou que la négociation d’un nouveau protocole en complément s’avère nécessaire.

Ces cinq dimensions sont inséparables. Mais il reste encore à déterminer un point d’entrée des négociations qui permette d’avancer sans créer de blocages. A Bonn, en mars, la discussion s’est engagée sur la vision partagée. Mais cela a-t-il un sens de discuter des objectifs à long terme avant de discuter des actions et des financements ? En effet, il n’y aura pas de prise d’engagement sans garantie d’équité et sans moyens. In fine, la négociation se bouclera sur des transactions financières. Or, un accord sur les transactions financières est aujourd’hui totalement hors de portée, et ce avant même que la crise économique et financière ne plonge les pays industrialisés dans un lourd endettement. Il est même très probable qu’il faudra attendre 2010 pour prendre la mesure réelle de cette crise. Les pays industrialisés risquent de reporter toute la discussion financière à un moment où le creux de la crise sera passé. La négociation sur ces questions financières ne pourra donc probablement pas être engagée avant fin 2010, lorsque la crise aura commencé à se résorber et que la communauté internationale aura une vision plus claire de ses capacités financières.

D’ici Copenhague, les négociations vont porter principalement sur la question des NAMAs et des engagements à court et à moyen terme, principalement à la demande des pays en développement. Il existe en effet des contraintes à court terme, notamment en termes d’adaptation. Les circonstances obligent à constater que le débat sur la nature des actions précédera celui sur les contributions financières. On verra plus loin la nécessité de préparer sérieusement les actions futures, à travers un renforcement des capacités dans les pays en développement et l’identification de projets sans attendre 2013.

Néanmoins, il faudra négocier un objectif climatique à long terme d’ici peu afin d’amorcer les changements structurels nécessaires à la réalisation des actions. Au-delà des grands paris technologiques (le stockage et la séquestration du carbone –CCS- notamment), les infrastructures économiques et industrielles doivent elles aussi amorcer un virage vers un mode de production faible en carbone.

La question de la vision partagée pose une deuxième question, celle des engagements des pays de l’annexe I. A partir du moment où cette discussion sera amorcée, les pays en développement exigeront des engagements forts de la part des pays annexe I et les discussions risquent de se bloquer rapidement sur les contributions financières à assurer en plus. La négociation de Copenhague ne pourra donc pas effectuer dès décembre la transaction « actions contre moyens ».

 

o    Le contenu possible de la CDP de Copenhague

Il est donc très probable que la négociation à Copenhague ne pourra que conclure une architecture d’ensemble. Celle-ci pourrait comporter :

§  Des engagements (ou des fourchettes d’engagement) des pays industrialisés pour 2020 ;

§  Un packaging d’actions pour les pays émergents et les PED, notamment les NAMAs avec des critères de contenu, d’enregistrement et de mise en œuvre ;

§  Quelques priorités comme l’adaptation, la déforestation, la séquestration du carbone (forêts, agriculture, séquestration géologique) et les transferts de technologies ;

§  Une panoplie d’instruments financiers eux aussi décrits dans leurs modalités (mécanismes de Kyoto, produits d’enchères, prélèvements et taxes, contributions de pays sous forme d’aide au développement) et dans leurs procédures d’attribution, de gestion et de vérification.

Ce n’est qu’une fois que la structure générale sera définie et qu’un climat de confiance sera instauré –-à travers une équité jugée plus tangible-  que les transactions financières pourront être engagées.

Les pays devront se positionner sur l’expression d’une vision partagée concernant les objectifs à long terme permettant la stabilisation du climat. La négociation de la conférence de Copenhague portera sur :

·         L’amendement du protocole de Kyoto concernant le niveau des engagements de réduction des émissions des pays industrialisés pour la seconde période d’engagement (notamment à travers la rédaction de son annexe B) ainsi que le mode de prise en compte des puits de carbone dans les inventaires et les objectifs ;

·         la préparation des textes juridiques d’un éventuel nouveau protocole incluant notamment l’engagement de réduction d’émissions des Etats-Unis (s’ils ne ratifient par PK) ;

·         des décisions à prendre dans le cadre de la CdP pour les questions qui ne seront jugées de l’ordre d’un traité soumis à ratification par les parlements nationaux (notamment des transformations portant sur le fonctionnement des mécanismes de Kyoto) ;

·         l’organisation de la négociation sur les modalités de financement.

Comme il est probable qu’un accord politique ne sera possible que dans un deal global portant à la fois sur la vision partagée, les engagements chiffrés des pays industrialisés, les NAMAs et les financements, un consensus sera difficilement réalisable à Copenhague, notamment au plan des financements. L’hypothèse la plus réaliste est qu’un accord à Copenhague intègre les engagements de réduction, des amendements juridiques mineurs et comprenne surtout un équilibre politique général, consigné dans une architecture d’ensemble, avec un programme de rédaction juridique et d’ajout des éléments de chiffrage pour les mois suivants.

 

o   Les CdP suivantes

La négociation portera donc, au-delà de la CdP de Copenhague, sur des éléments quantitatifs et organisationnels : l’élaboration des NAMAs par les pays et les niveaux de contributions financières (fonds, mécanismes de Kyoto, contribution des Etats).

 

Pour l’Afrique : Ces aspects sont ceux qui concerneront le plus les pays africains. C’est dans la préparation des NAMAs et dans la détermination des besoins de financement que les résultats des travaux sectoriels seront décisifs (en ciblant pour cela juin 2010).

 

Il apparaît d’ores et déjà que les pays en développement qui bénéficieront en pratique des nouveaux dispositifs seront ceux qui se seront le mieux préparés, notamment par la qualité de l’élaboration de leurs NAMAs. Les aspects qui ont jusqu’alors déterminé les inégalités d’accès au MDP risquent d’avoir les mêmes effets.

 

o   La période transitoire entre 2010 et 2012

Il faut ensuite prendre en compte que trois années s’écouleront entre la CdP de Copenhague et l’entrée en vigueur du nouveau régime au 1er janvier 2013. Les propositions à émettre pourront bénéficier d’une phase préparatoire qui permettra aux pays et aux acteurs de se préparer. Les propositions à émettre devront donc poser des jalons tout au long de ces trois années afin de faciliter leur mise en œuvre ultérieure, notamment dans les pays les plus vulnérables.

 

Proposition : la mise en place d’un système de pré-enregistrement des NAMAs pendant la période transitoire, afin de caler les règles de gestion, de stimuler les PED dans l’appropriation et l’affinement du mécanisme et d’encourager les coopérations régionales, en vue d’un démarrage opérationnel au 1er janvier 2013.

 

C.   Forces en présence et leurs attentes

 

On remarque qu’il existe un écart entre les groupements politiques et/ou géographiques, et les forces en présence. Ces schémas permettent de comprendre pourquoi certains groupes n’arrivent pas à s’affirmer dans l’arène internationale, soit qu’ils sont sous l’emprise de groupes plus larges, soit qu’ils ont peu de forces de proposition.

 

 

D.   Les enjeux spécifiques à l’Afrique

Avant de conclure sur les propositions à formuler, il convient de revenir sur les principaux enjeux pour l’Afrique dans la négociation, desquels résultent trois obligations majeures :

§  Particulièrement victime du changement climatique, l’Afrique doit pouvoir participer activement à la lutte contre ce phénomène et doit bénéficier pour cela du soutien nécessaire.

§  La négociation internationale n’ayant pas effectué directement le lien entre développement et climat, la préparation de la négociation doit être attentive à formuler des propositions qui vont dans l’intérêt des objectifs de développement des pays africains.

§  Ces objectifs ne seront pas atteints sans un effort financier international important et ciblé au mieux. Les actions ont en effet des niveaux de rentabilité très variables. Mais, évidemment, l’actuelle crise économique et financière mondiale rend encore plus nécessaire à la fois un dimensionnement attentif des besoins financiers et une démonstration qui atteste de l’intérêt d’une relance économique par le développement dans des pays où très souvent les ressources et les gisements de productivité sont très importants (agriculture, énergie,…).

Par conséquent, seule une approche sectorielle peut fournir des éléments solides de négociation permettant aux pays africains de :

§  S’engager dans la voie d’un nouveau mode de développement qui concilie les attentes économiques et sociales, une meilleure efficacité énergétique et la lutte contre le changement climatique ;

§  S’adapter au changement climatique en protégeant leurs populations ;

§  Influer sur le cadre général de la négociation pour y faire valoir leurs intérêts ;

§  Obtenir, en fonction de leurs priorités nationales, le meilleur accès possible aux ressources financières et aux transferts de technologies.

 

 

 

 

 

 

Analyse des soumissions nationales et des rapports des présidents des deux groupes de travail spéciaux
(AWG-KP et AWG-LCA)

 

1– LA VISION PARTAGEE

Avec la reconnaissance de la gravité du changement climatique par les Etats-Unis et leur annonce de prises d’engagements à moyen et long terme (sans discuter ici de leur niveau et de leurs modalités, ce qui est une autre question), tous les pays industrialisés acceptent maintenant le cadre théorique proposé par le GIEC.

A.   Quels engagements pour 2050 au titre du KP ?

 

A Bali et à Poznań la plupart des PED étaient extrêmement réticents par rapport à la prise en charge des objectifs du GIEC pour 2050 : la limitation du réchauffement à 2°C et une division par deux des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Leur crainte était que ces objectifs servent à justifier des obligations contraignantes vis-à-vis des PED.

 

  • On tend de plus en plus vers l’acceptation d’un objectif à 2050

Le rapport du président Cutajar de l’AWG-LCA de mi-mars semblait renoncer à ce point d’entrée dans la négociation. Mais certains pays en développement paraissent évoluer devant la désapprobation généralisée qu’entraînait leur refus de reconnaître la nécessité d’un objectif de stabilisation du climat. Cela peut découler également du constat que l’absence de cet objectif de long terme affaiblirait la pression sur les pays industrialisés quant au niveau de leurs engagements au titre du protocole de Kyoto. L’acceptation d’un objectif à 2050 permettrait également de renforcer l’appui à l’élaboration des NAMAs et au soutien financier qu’ils pourraient justifier de la part des pays industrialisés.

Cet objectif de division par deux des émissions mondiales figure notamment dans les positions de la soumission de l’Algérie pour le compte des pays africains de début avril. Il faudra regarder avec précision si cette position est commune à tous les PED et, le cas échéant, à quelles conditions. Néanmoins, il est fort probable qu’un accord collectif sur l’objectif maximum supportable ne sera concédé qu’en fin de négociation, au vu de l’ensemble des avancées obtenues.

Il faut déterminer si la référence à des échéances de long terme constitue pour les PED un levier :

·         utile pour obliger les pays industrialisés à prendre des engagements élevés et à être sanctionnés en cas de d’échec ;

·         dangereux car les pouvant les pousser à long terme dans la voie d’engagements contraignants.

Les propositions envisagées à ce stade sont les suivantes :

·         D’abord déterminer si la référence à des objectifs pour 2050 doit prendre la forme d’une obligation juridique dans le régime post 2012, et pour quelles parties ?

Cf. document en annexe sur les scénarios envisageables

·         Ensuite, le niveau de réduction à viser pour 2050. Dans sa soumission au nom des pays les moins avancés, le Lésotho propose un objectif pour 2050 de -95% pour les pays industrialisés. Les pays membres de l’AOSIS et le réseau des ONG soutiennent aussi cet objectif cependant loin de faire consensus et totalement inaccessible avec les techniques actuelles.

·         Les Etats-Unis ont proposé, de manière informelle, de fixer des objectifs propres à chaque Etat pour 2050. Ceux-ci seraient explicités sous la forme de stratégies faibles en carbone pour 2050.

Mais là n’est pas le critère le plus déterminant. Le point décisif découle de la capacité réelle de progression et de transformation des sociétés. Or celle-ci est inévitablement lente, sauf à entrainer des ruptures brutales au coût social considérable.

  • L’aspiration à un nouveau mode de développement

Puisque l’avenir va se construire au carrefour entre la satisfaction des besoins de développement, les limites sur les ressources et l’exigence de stabiliser le climat, alors il faut s’engager sans tarder dans cette voie, c’est un vrai changement de civilisation qui se profile. L’histoire enseigne que le préjudice pour les sociétés, surtout pour les plus vulnérables, est d’autant plus grave que les virages ont été pris trop tard. Il est donc essentiel que tous les pays travaillent à construire progressivement un développement pour tous dans une société à bas niveau de carbone.

Ainsi, si les pays africains ne contribuent qu’à environ 3,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, leurs choix d’aujourd’hui déterminent pour longtemps leurs émissions futures.

B.   Quels engagements pour 2020 au titre du KP ?

 

Ces engagements concernent les pays industrialisés de l’Annexe 1 et les prochains pays qui entreront dans cette catégorie.

o    Un accord général de principe

Il y a maintenant un accord de principe entre les grands pays - exception faite des Etats-Unis qui maintiennent une position intermédiaire- sur l’avancée centrale du protocole de Kyoto qu’est la prise d’engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre (de l’ordre de 15% entre 2009 et 2020). Pour les Etats-Unis, cet engagement prendrait la forme d’un engagement national, car il est probable qu’ils refuseront de s’engager devant des instances internationales. Le pays le plus réticent parmi les pays industrialisés sur ce principe reste la Russie qui, bien que peu concernée par les obligations de réductions, défend une approche de mise en œuvre d’actions strictement volontaires.

o    L’objectif posé par le GIEC

Le GIEC a posé une fourchette de réduction d’émissions pour 2020 comprise entre -25 et -40% en droite ligne avec l’objectif de division par deux des émissions pour 2050. Ce calibrage ne découle pas d’une analyse détaillée de faisabilité mais de ce qui est indispensable en fonction des impératifs climatiques.

Les propositions du G77 indiquent que ce niveau de réduction doit être respecté par l’ensemble des pays industrialisés (avec un chiffre global collectif à atteindre, même dans le cas où certains pays ne prendraient pas d’engagements dans le cadre du Protocole de Kyoto – et c’est assurément là un moyen visant à intensifier la pression sur les Etats-Unis).

o    L’effet des dérapages d’émissions

La principale difficulté va résulter de l’écart à la trajectoire fixée à Kyoto d’un très grand nombre de pays : Canada, USA, Australie, Nouvelle-Zélande mais aussi de nombreux pays européens (cf. tableau ci-dessous). L’Union Européenne a cependant globalement atteint son objectif de -8%, grâce aux réductions d’émissions drastiques des nouveaux membres de l’UE. Les réductions de l’Europe des 15 seuls seraient de 2%.

De cette situation résulte que la plupart des pays ne peuvent en aucune façon s’inscrire dans la fourchette de 25 à 40% de réduction proposée par le GIEC. La prise généralisée d’engagements (hors Europe) qui consisterait simplement à retrouver en 2020 la base de 1990 par une simple compensation des dérapages passés serait jugée par les opinions publiques comme un échec cuisant qui bloquera définitivement tous progrès de la part des pays émergents et des PED.

Un accord entre les pays de l’annexe I sur des engagements pour la période 2012-2020, même sur des bases réelles extrêmement élevées sur une période si courte, ne sera pas crédible pour les pays non-annexe I. Ces constats n’incitent guère à l’action les pays maintenant membres de l’OCDE qui devraient prendre des engagements à partir de la seconde période d’engagement (Turquie, Mexique, Corée du sud…). D’ailleurs, à ce stade, les pays ne peuvent afficher de manière crédible un objectif au-delà de 30% pour 2020 à Copenhague.

 

c)    Tableau. Les trajectoires réelles d’émissions par pays

Les chiffres qui suivent expriment des pourcentages de réduction ou d’accroissement par rapport au niveau d’émissions de 1990.

 

PAYS

OBJECTIF KYOTO

EN 2006

Allemagne

-21%

-18,5%

Australie

+8%

+8%

Autriche

-13%

+15,2%

Belgique

-7,5%

-6%

Bulgarie

-8%

-46,2%

Canada

-5,2%

+35%

Croatie

-5%

 

Danemark

-21%

+1,7%

Espagne

+15%

+49,5%

Estonie

-8%

-55,7%

Etats-Unis

-7%

17%

Finlande

0%

+13,1%

France

0%

-4%

Grèce

+25%

+24.4%

Hongrie

-6%

-31,9%

Irlande

+13%

+25,5 %

Islande

+10%

-…

Italie

-6,5%

+9,9%

Japon

-6%

+13%

Lettonie

-8%

-55,1%

Liechtenstein

-8%

-

Lituanie

-8%

-53%

Luxembourg

-28%

+1,2%

Monaco

-8%

 

Norvège

+1%

+9%

Nouvelle Zélande

0%

-13% (est. à 2012)

Pays Bas

-6%

-2,6%

Pologne

+ 6%

-28,9%

Portugal

+ 27%

+38,3%

République Tchèque

-8%

-23,7 %

Roumanie

-8%

-43,7%

Royaume Uni

-12,5%

-16%

Russie

0%

 

Slovaquie

-8%

32,1%

Slovénie

-8%

+1,2%

Suède

+4%

-8,9%

Suisse

-8%

 

Ukraine

0%

 

Union Européenne

-8%

-7,7%

 

Dans une soumission conjointe, l’Australie, la Biélorussie, le Canada, l’UE, l’Islande, le Japon, la Nouvelle Zélande, la Norvège, la Russie, la Suisse et l’Ukraine font la proposition suivante concernant leurs engagements en 2020 :

 

 

TBD : to be decided.

 

  • Propositions des pays pour l’amendement de l’article 3.9 du Protocole de Kyoto

La dernière note du président Machado de l’AWG-KP, daté du 14 Mai, fait état des propositions d’amendement de l’article 3 du paragraphe 9 du Protocole de Kyoto. Cet article définit les engagements de réduction des émissions des pays pour la deuxième période d’engagement.

Les propositions prennent la forme de tableaux à même de remplacer celui des engagements quantifiés se trouvant en annexe B du Protocole. Les propositions se fondent toutes sur l’hypothèse d’un maintien du Protocole de Kyoto, avec un rajout d’annexes-tableaux incluant les nouveaux engagements. Ils intègrent le maintien d’une possibilité de ratification du Protocole par les Etats-Unis et une classification annexe I/non annexe I.

De manière générale, les propositions fixent la deuxième période d’engagement entre 2017 et 2022. Une seule soumission envisage une extension de l’engagement jusqu’en 2027. La plupart des options présentées suggèrent de sous-diviser la prochaine période d’engagement en deux périodes, par exemple  2013-2017 et 2017-2022 pour inclure un reporting intermédiaire.

Deux objectifs successifs favoriseraient peut-être aussi l’engagement progressif de pays non-annexe I, comme le suggère le Bangladesh.

Les propositions s’intéressent également à la forme et au contenu du tableau, qui constituerait le document juridiquement contraignant des engagements des pays. Certains tableaux sont très succincts, d’autres très précis (taux de réduction avec 4 années de référence ; plusieurs propositions de période d’engagement dans un même tableau). Les Philippines et l’Afrique du Sud proposent un tableau avec des engagements quantifiés pour les pays industrialisés. Ces objectifs apparaissent, a priori, difficilement réalisables (les Philippines proposent -37% pour l’Union Européenne et -39% pour les Etats-Unis d’ici 2017).

Les propositions intéressantes qui ressortent des tableaux sont les suivantes :

  • L’idée des deux périodes d’engagement décidées dès 2012 ;
  • Dans la deuxième période, des engagements d’action d’atténuation et de limitation des émissions pour les pays non annexe I.

§  Risques d’échec à ce niveau

  • Les propositions reposent toutes sur l’hypothèse d’une ratification du Protocole par les Etats-Unis ;
  • Les propositions reposent toutes sur l’hypothèse que la forme juridique du document sera celle d’une annexe au Protocole actuel ;
  • Le refus de la part des PED et des pays émergents d’envisager un engagement légal de mise en œuvre des actions d’atténuation dans la deuxième période du post-Kyoto.

 

C.   En débat : comment quantifier les objectifs ?

 

o    L’année de référence pour calculer les objectifs de réduction et les niveaux d’émissions ?

Tandis que l’Europe et les pays du G77 continuent de considérer 1990 comme année de référence, les pays ayant fortement dérapé au plan de leurs émissions pendant la 1ère période proposent de changer de date (USA, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande).

 

o    Les objectifs de réduction atteignables ?

L’expérience passée indique qu’une amélioration de l’intensité carbone nette supérieure à 3% par an est très difficile à atteindre sur une période si courte. Réussir une réduction de 85% des émissions des pays industrialisés pour 2050 correspond en moyenne à un rythme de réduction nette de 4,6% par an par rapport à la valeur de 1990. Pour un pays industrialisé qui a une croissance économique de 2% par an, cela équivaut en fait à une réduction annuelle brute de l’ordre de 6,5% par an ! C’est là un niveau annuel de progrès sans précédent historique. En outre, les pays ayant déjà enregistré un accroissement réel de l’ordre de 20% de leurs émissions depuis 1990 devront parvenir, dans les 40 prochaines années, à une réduction annuelle nette de 5,1% (et davantage encore en fonction de leur croissance économique). Le taux de réductions nettes à assurer pour l’Union Européenne sera de 4,4% compte tenu des réductions déjà acquises depuis 1990.

Trois types de politiques permettraient d’atteindre de tels objectifs, et ce à condition que des décisions immédiates soient prises et que leur mise en œuvre soit simultanée :

§  Une substitution massive des combustibles fossiles par des sources peu ou pas carbonées dans la production électrique et/ou le développement des technologies de type CCS ;

§  Un effort rapide sur les transports portant sur l’offre de véhicules, les comportements d’usage et progressivement des transferts modaux massifs ;

§  Un effort généralisé d’économie d’énergie dans tous les secteurs notamment les bâtiments.

Or, il s’avère que la première et surtout la seconde politique ne sont réellement enclenchées quasiment nulle part.

En pratique, il est quasiment impossible pour un pays de faire mieux que 20% de réduction des émissions en onze ans. Ce délai est trop court à la fois pour la réalisation d’investissements très lourds et pour voir l’émergence de nouvelles filières permettant une contribution suffisamment importante.

 

  • La réduction des émissions liées à l’aviation et au transport maritime

Jusqu’à présent, les émissions de l’aviation et du transport maritime au plan international n’étaient pas inclues dans les traités sur le climat. Un 1er objectif est formulé : ramener dans un premier temps leurs émissions en 2020 en dessous de leur niveau de 2005. Et d’ici 2050, nettement en dessous de leur niveau de 1990.

La négociation engagée comporte plusieurs volets, objets de négociation avec l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (l’ICAO) et l’Organisation Maritime Internationale- l’IMO- .Il existe un consensus sur la nécessité de débattre de cet enjeu avec les deux organismes concernés, notamment de :

§  L’intégration de ces émissions dans les inventaires nationaux ;

§  L’acceptation d’objectifs de réduction dans ces secteurs et les modalités de répartition de la responsabilité ;

§  La mise en place d’un marché du carbone selon un mécanisme de plafonnement et d’échange (cap and trade) portant sur les compagnies aériennes et maritimes ;

§  Des modalités particulières pour les îles et régions éloignées et pour les pays les moins avancés.

L’intégration de l’aviation civile sera fortement déterminée par la position américaine sur le sujet. On peut envisager, a minima, une prise en compte de ces émissions dans les bilans nationaux.

 

Proposition norvégienne :

Il faut l’intégration d’objectifs de réduction pour les secteurs de l’aviation et des activités maritimes dans l’accord de Copenhague. Le rôle de l’IMO sera d’assurer une régulation globale pour la marine marchande : coordination des accords, mise en œuvre des instruments de régulation.

 

  • Equité et Responsabilité

Les principes de responsabilités différenciées selon les pays et d’équité sont dans la négociation maintes fois rappelés, comme conditionnant l’acceptation des efforts à prendre en charge.

 

Proposition du « Greenhouse Development Right » du centre Heinrich Bollung (Poznan 2008):

Il s’agit de définir un seuil à partir du lequel un individu est responsable de ses émissions. Ce seuil correspondrait au moment où l’individu a réalisé son droit au développement, satisfait ses besoins vitaux et atteint un bien-être minimum. Au delà de ce seuil, on considère que les émissions GES de l’individu sont supplémentaires par rapport à ses besoins de développement socioéconomique. La proposition consiste en un système de taxe équitable et évolutif. Il implique en outre la fin de la classification figée des pays en catégories (annexe 1 et non-annexe 1).

Cette approche ne résout pas le problème de la responsabilité historique, chère aux pays en développement. On pourrait cependant imaginer un système parallèle de remboursement de la dette par le biais d’une contribution nationale des pays industrialisés aux fonds pour le climat et l’adaptation.

 

La classification actuelle des pays entre annexe I et non-annexe I ne permet pas de distribuer les responsabilités de manière réellement équitable. Cette classification serait cependant difficile à remettre en cause, puisque cela bouleverserait la nature même du système actuel ; sa refonte d’une façon équitable exigerait des années de négociations supplémentaires. Elle demanderait surtout un accord sur une batterie complexe de critères permettant de comparer la situation des différents pays et leur marge de progression. Il sera pourtant nécessaire de trouver une solution permettant d’une part de déterminer les pays ayant assurer des engagements de réduction contraignants et d’autre part de prendre en compte la situation des économies émergentes et leur responsabilité croissante. Il faudra orienter tous les pays le plus vite possible dans la voie d’un développement faible en carbone. Certains pays, annexe I pour la plupart, propose de calculer des objectifs, a priori non contraignants, qui visent la réduction de l’intensité carbone par unité de production ou par unité de matière produite.

 

Proposition japonaise d’établir des « intensity targets » :

Dans l’idée de contourner la classification des pays et ainsi d’impliquer les pays émergents (« les pays avec des moyens d’actions, et contribuant à l’augmentation des émissions GES ») dans les politiques d’atténuation, le Japon propose des objectifs de réductions du contenu carbone de la production notamment industrielle : par exemple, x t CO2/US$ ou x consommation d’énergie/unité de production.

 

Mais il faut bien reconnaître les asymétries multiples existantes : entre pays producteurs d’énergie et ceux qui ne font que la consommer sans avoir la charge en amont de leur extraction (avec les émissions induites), les pays à forte industrie lourde par rapport à des pays devenus essentiellement consommateurs et tournés vers des activités tertiaires… Ainsi les délocalisations d’activités s’apparente dans les règles d’inventaires à des efforts de réduction d’émissions. Pour arriver à une représentation des pays réellement équitable un travail important reste à réaliser.

 

·         Les risques d’échec et les options

§  La conclusion qui s’impose pour le moment est qu’il y a un risque réel d’échec de la négociation internationale si l’engagement des pays industrialisés demeurait trop faible, générant ainsi un mouvement de retrait des pays émergents et des PED.

§  Des difficultés peuvent apparaître concernant une prise d’engagement de la part des pays non annexe 1 à Kyoto mais dont les niveaux de vie actuels sont équivalents à ceux des pays industrialisés, notamment les pays pétroliers du Golfe ou encore Singapour qui échappent à des engagements contraignants alors que des pays à niveau de vie inférieur y sont assujettis (Kazakhstan par exemple).

§  Le dérapage des émissions de la plupart des pays industrialisés est maintenant difficilement rattrapable, voire totalement impossible à redresser. Mais il faut éviter à tout prix de boucler la négociation par des objectifs irréalistes qui ne feraient que reporter le problème, avec pour conséquence une perte totale de crédibilité.

La négociation va donc commencer par se tendre sur cette question du niveau d’engagements des pays industrialisés. La pression qu’exerceront les scientifiques, les opinions publiques, les ONG et les PED devrait obliger les pays industrialisés à compenser par des offres convaincantes sur les autres termes de négociation.

Si l’on exclut la malhonnêteté qui consisterait pour certains pays à prendre des engagements intenables pour 2020, les possibilités de compromis sont malheureusement maigres :

§  Proposer aux pays industrialisés ayant fortement dérapé un second objectif supplémentaire, par exemple pour 2030, comme délai de rattrapage complet des retards accumulés depuis 1990. Cette prolongation pourrait être assortie de pénalités financières en cas de non respect de cet objectif à l’échéance. Cela permettrait de se resituer dans la bonne trajectoire et aiderait également à préparer des progrès plus importants, sur une échéance plus lointaine, en intégrant davantage d’investissements lourds et l’émergence de nouvelles filières.

§  Certains pays, tels que les Philippines, proposent une échéance plus rapprochée que 2020, et envisagent de fixer des étapes de passage avec une évaluation des progrès effectués tous les quatre ans. Le premier examen intégral du nouveau régime aurait ainsi lieu fin 2016. Mais un volontarisme légitime ne peut en rien effacer les contraintes industrielles et de mise en œuvre, la préparation des projets, la réalisation des investissements, la formation des professions, la diffusion des innovations ou la construction des réseaux d’infrastructures nécessitant desdélais absolument incompressibles sous peine de défaillance de qualité.

 

2.  ATTENUATION ET ADAPTATION

 

A. Les NAMAs : des outils souples, consensuels, mais encore flous

Le rapport Cutajar de mi-mars (pour l’AWG-LCA), suite à l’échec de la proposition de différenciation des objectifs et politiques de réduction des émissions entre les pays émergents et les PED, est structuré autour de deux piliers : des programmes d’actions nationaux et des financements. La notion de NAMA présente l’avantage de pouvoir concerner tous les pays non annexe 1, d’être souple, adaptable pays par pays, mais aussi d’être peu consistante puisque son contenu est pour le moment des plus flous. Une telle élaboration, au cas par cas, encourt en revanche le risque de poser ultérieurement des problèmes d’équité de traitement d’un pays à l’autre.

 

o    Les NAMAs : un outil pour tous les pays ?

Les engagements des pays développés doivent évidemment consister en des obligations de résultats concernant les réductions d’émissions, selon la règle adoptée à Kyoto.

A priori, les négociations n’envisagent pas les NAMAs comme une substitution aux engagements des pays industrialisés A partir du moment où des NAMAs ne viendraient pas s’y substituer, rien n’interdirait les pays industrialisés d’organiser leurs plans nationaux de lutte contre le changement climatique sous des formes de présentation équivalentes aux NAMAs, ou en tout cas reformulables dans ce cadre. Cela aurait pour intérêt de permettre que certaines actions prennent l’ampleur de programmes mondiaux, donc à bénéfices collectifs.

Pour les PED, la question se pose en d’autres termes. Globalement, les NAMAs sont perçus comme des contributions volontaires, dès lors que des moyens financiers et des transferts financiers sont proposés aux pays qui les mettent en œuvre. La plupart des PED conditionnent leur accord sur les NAMAs à des transferts financiers et technologiques proportionnés de la part des pays industrialisés (Ex. Algérie et l’Afrique du Sud).

Sans que cela constitue de quelque façon que ce soit des engagements contraignants de même nature que ceux qui portent sur les pays de l’Annexe 1, un scénario de succès de stabilisation du climat à moins de 2°C par rapport au niveau préindustriel implique une modération de 15 à 30% des émissions des PED d’ici 2020 par rapport à leur trajectoire de référence avant toute action d’atténuation. Les pays industrialisés (Etats-Unis, Union Européenne, Japon…) prêtent une place essentielle à l’inscription des pays en développement dans une stratégie de développement à bas niveau de carbone.

Toutes les Parties ne sont cependant pas d’accord sur les destinataires de l’outil NAMA. L’Union Européenne et l’Afrique du Sud considèrent ainsi que les NAMAs doivent constituer des outils uniquement pour les pays en développement. L’Indonésie propose de différencier les actions d’atténuation : les pays développés utiliseraient eux des NAMACs (Nationally Appropriate Mitigation Actions and Commitments).

 

Proposition européenne : Les PED élaboreraient des Low Carbon Development Strategies (LCDS), dans lequel se retrouveraient les NAMAs. Il y a trois types de NAMAs :

§  soutien finance et technologie ;

§  financés par le marché carbone et donc rentables ;

§  actions autonomes

Les NAMAs seraient des actions spécifiques aux pays en développement.

 

Proposition indonésienne : il faut développer les NAMACs (Nationally Appropriate Mitigation Action Commitments) pour les pays développés. Les Namacs seraient soumis à un processus de MRV, avec un réel compliance mechanism. Les NAMAs, en revanche, sont des outils destinés aux PED, afin de les aider à atteindre leurs « no-lose targets ».

 

o   Les NAMAs : une action ou un programme ?

Des positions de départ assez divergentes selon les pays se dégagent sur la conception des NAMAs.

De nombreuses questions se posent sur le périmètre des NAMAs : le NAMA doit- il être un programme d’action, ou un programme d’action doit-il contenir des NAMAs ? Passe-t-on d’une démarche projet par projet , comme dans le CDM, à des programmes couvrant tous les secteurs d’un pays ? La question des NAMAs est aussi liée au débat sur l’approche sectorielle : les NAMAs peuvent-ils être essentiellement programmatiques ?

Les pays peuvent être réticents à ce que leur politique climat, dans son ensemble, soit soumise à des validations externes. On peut envisager une validation internationale des éléments de la politique climat nationale qui suppose un soutien technologique/financier international. Ces mêmes pays peuvent dès lors préférer la prise en compte d’actions individualisées. Cette position permet une grande souplesse pour collecter des financements sans attendre le bouclage d’un programme complet. La Chine notamment voit les NAMAs comme des actions spécifiques et sans structure globale.

A l’inverse, certains pays préfèreront présenter un programme national complet avec des priorités clairement structurées, afin d’orienter eux-mêmes leurs demandes de contribution financière en direction de priorités effectives de développement. De plus, ils peuvent vouloir mixer des actions d’atténuation des émissions et des actions d’adaptation dans un même programme et ainsi éviter que les financeurs internationaux ne privilégient seulement les actions d’atténuation des émissions et les actions les plus rentables. A Bonn en Mars, le G77 a insisté sur le risque que l’outil NAMA ne se transforme en courses des pays annexe I dans un supermarché d’actions ponctuelles proposées par des pays en développement.

Inconvénient : Les pays peuvent notamment craindre que, sous couvert de NAMAs prenant la forme de plans nationaux, les institutions internationales soumettent les pays à des priorités strictes semblables à des plans d’ajustements structurels, à l’image de ceux souvent exigés par le FMI en contrepartie à des financements.

Il faut donc concilier le fait que le pays qui élabore les NAMAs ait la maîtrise de son programme et de ses priorités, mais que le débat avec les financeurs soit limité aux actions proposées à financement, afin que dans tous les cas le pays garde la maîtrise de la cohérence de ses actions avec ses priorités générales.

De façon pragmatique, l’élaboration d’un plan national, même engagée globalement, sera mise en œuvre par étapes. Les actions qu’il regroupera ne pourront pas être entreprises toutes en même temps.

Il s’agit aussi de définir les niveaux d’action reconnus par la communauté internationale. A ce sujet, le Sénégal a rédigé une soumission en faveur de la reconnaissance des actions entreprises par les niveaux « sous-nationaux ». Le Japon voit les plans nationaux comme le fruit d’un NAMA.

Il convient de laisser garder ouverte l’idée que des NAMAs sur des sujets semblables dans différents pays créeraient une dynamique réelle (diffusion de technologies, baisse des coûts) et que pourraient ainsi prendre corps des programmes de nature sectorielle ou technologique d’ampleur mondiale.

 

Proposition du Bangladesh: les NAMAs sont « a broad statement of policies and measures, including a national strategy ». Le niveau de découpage (secteur, programme, ou projet) des NAMAs dépendra des circonstances nationales.

 

Proposition de Singapour : Les NAMAs sont volontaires uniquement et seraient pas exemple, des programmes d’efficacité énergétique, politiques liées au transport, normes dans les bâtiments, a minima de performance énergétique pour l’électroménager.

 

Proposition de l’Afrique du Sud : les NAMAs pourraient prendre la forme d’actions individuelles, de groupes d’actions ou des programmes. Ces actions pourraient également revêtir différentes formes, comme des politiques et mesures au titre du développement durable, des MDP programmatiques, des objectifs sectoriels sans pertes et  autres.

 

Proposition du Panama, du Paraguay et du Salvador : les NAMAs sont des contributions volontaires. Il peut s’agir d’une agrégation de mesures, de politiques, de programmes. Le NAMA est un outil permettant aux pays en développement d’avancer vers un développement sobre en carbone. Les réductions d’émissions liées aux NAMAs peuvent être utilisées dans un mécanisme de crédit sur le marché du carbone, et ainsi aider les pays développés à atteindre leurs objectifs.

 

  • La question du registre

La Corée et l’Afrique du Sud ont été les premiers à proposer  la création d’un registre international.

 

Proposition coréenne : les NAMAs doivent être retranscrits dans un registre international. Ils pourront ainsi faire l’objet de transferts de crédit carbone. Il faut enregistrer les actions même unilatérales. Les NAMAs pour les PED symboliseront la reconnaissance de la contribution de la lutte climat  et nécessiteront un soutien financier et technologique.

 

·         Proposition de l’Afrique du Sud : La déclaration effectuée auprès du secrétariat de l’UNFCCC devra comprendre la présentation des actions proposées pour le registre, le niveau du soutien demandé, les émissions qui seraient ainsi évitées par rapport à la tendance.

§  Le registre doit être établi avec une liste indicative d’actions proposées et des informations sur les hypothèses, la méthodologie, le calcul des émissions évitées,… Ces éléments seront à déterminer dans le cadre d’un panel technique établi dans le cadre de la Convention ;

§  Ce Panel technique validera les propositions de NAMAs afin qu’elles soient proposées au mécanisme de soutien financier et technologique ;

§  Les actions seront ensuite soumises à une démarche MRV pour en vérifier l’application effective. Il en serait de même pour les actions financées par le biais de la finance carbone ;

§  Des rapports annuels seront effectués avec mesure des résultats effectifs tous les deux ans ;

§  Les transferts de technologies et les actions de renforcement des capacités seront mesurés ;

§  Les pays industrialisés devront établir annuellement un rapport de leurs soutiens apportés.

Pour mener à bien ce processus, un organe de coordination nationale sera mis en place afin d’assurer :

§  Un pilotage effectif par le pays ;

§  Une large participation des secteurs publics et privés ;

§  Une démarche davantage programmatique que projet par projet ;

§  Une utilisation efficace et équitable des fonds.

 

Il serait utile d’ajouter à la proposition sud-africaine la mise en place d’une phase pilote d’ici janvier 2013, date d’entrée en vigueur du nouveau régime, afin de servir de période préparatoire. Cette dernière devra permettre aux pays les moins avancés de bénéficier pleinement des nouveaux mécanismes. Une telle phase d’amorçage crédibiliserait ce nouveau dispositif et assurerait la non-exclusion des pays aux capacités limitées. Il faut donc envisager de déposer un amendement au rapport du président de l’AWG-KP qui dégage des moyens pour un fonds précurseur pour la période 2010 à 2012 permettant de préparer au mieux les programmes de NAMAs. Cette proposition serait évidemment à affiner au-delà de juin.

 

Proposition australienne : Les NAMAs seraient regroupés dans des « national schedules ». Ils permettraient à la fois un engagement comparable et un traitement différencié des pays. Ils seraient soumis avant la conclusion du traité et auraient un caractère d’obligation juridique. Ils contiendraient des actions d’atténuation et des trajectoires d’émission.

 

Cette proposition pose difficulté, en ce qu’elle oblige la réalisation de NAMAs dans des délais extrêmement courts et ne laisse pas le temps à une élaboration de qualité.

 

Le Groupe Afrique (représenté dans les soumissions algérienne et sud-africaine) demande deux mécanismes de tenue de registre parallèles :

§  L’un sur les actions nationales sans contribution extérieure pour lesquelles l’évaluation et les contrôles devraient être effectués par les autorités nationales elles-mêmes. Ces actions doivent être précisées dans les communications nationales ;

§  L’autre sur les actions bénéficiant d’un soutien financier et technologique international pour lesquelles un registre serait établi et des vérifications pourraient être effectuées (MRV) à travers l’UNFCCC.

    

o    Quelle architecture financière et institutionnelle pour les NAMAs ?

 

Le besoin de financement au titre des PED est évalué à 200 milliards de dollars d’ici 2020 (selon la soumission algérienne pour l’Afrique) et d’ici 2030 selon le rapport du secrétariat de L’UNFCCC. Il faudra notamment s’interroger sur le niveau des contributions financières en faveur des NAMAs alors que les pays non-annexe 1 ont des capacités financières et technologiques très différentes. La question se pose donc de la modulation du soutien : élevé pour les pays les moins avancés, modéré et ciblé pour les PED au niveau de vie par habitant plus proche de ceux des pays industrialisés.

Les points à aborder pour affiner la notion de NAMAs sont :

  • La grande variété de granularité des actions à prendre en charge ;
  • L’utilité de grouper des actions semblables ou formant une filière ;
  • La maîtrise par les PED du contrôle de la hiérarchie de leurs propres priorités ;
  • La possibilité de flécher des priorités générales pour dégager des effets de levier au plan international : les renouvelables, la qualité de construction…
  • Le fait que des financeurs pourraient ne s’intéresser qu’à un nombre réduit d’actions et qu’il existe donc un risque d’écrémage des actions les plus rentables en laissant les autres de côté ;
  • Un système NAMAs suppose aussi une architecture financière : toutes les actions doivent elles être financées ? Totalement ? Partiellement ? De quelle manière ?
  • La nature du mécanisme de coordination qui permettrait de gérer des stratégies de développement à bas niveau de carbone et les programmes de NAMAs (type d’instance, mode de gouvernance, organisation du registre, conditions de financement, suivi du financement, nature des sanctions en cas de non respects des accords).
  • Une fois admis le fait qu’il ne pourra y avoir d’obligation de réduction chiffrée des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 pour les PED, certaines contributions - notamment celle de l’Union Européenne- proposent en quelque sorte une obligation de moyens en rendant l’établissement d’un programme de NAMAs obligatoire pour tous les pays. Cette question doit être tranchée.
  • Le rôle du MDP dans les NAMAs.

 

Le risque d’échec dans la négociation découlerait :

§  d’un manque de confiance des différentes parties du fait d’un dispositif trop complexe ;

§  d’un sentiment des PED d’une attitude trop sélective des pays industrialisés en prolongeant ainsi les déboires du MDP dans les PED ;

§  d’une attitude de la part des PED qui s’apparente à de la surenchère en exigeant des contributions financières sur toutes les actions et qui serait incompatible avec les capacités financières effectives ;

§  des difficultés méthodologiques à quantifier l’atténuation : quels autres indicateurs doivent être envisagés afin de prendre en compte les réductions d’émissions à plus long terme (particulièrement dans le cas d’une approche sectorielle des NAMAs) ?

 

o    Une approche sectorielle du NAMA ?

La question d’un développement peu émetteur de gaz à effet de serre se pose en réalité à trois niveaux :

§  Une synergie internationale, car c’est à ce niveau que s’élaborent et se diffusent les technologies à caractère générique ;

§  Une cohérence de développement élaborée au plan national ;

§  Une mise en œuvre locale, car c’est à ce niveau que se réalisent les investissements ;

Il y aura donc utilité à renforcer les programmes de NAMAs par des initiatives collectives transverses (formation, renforcement des capacités…).

Il faut également reconnaître dans ce cadre le rôle décisif des collectivités locales et régionales.

Ces programmes pourraient concerner :

§  Le développement d’une agriculture à la fois productive, adaptée au changement climatique et davantage productive ;

§  L’accès à l’eau potable ;

§  L’accès à l’électricité pour tous, notamment avec un concours accru aux énergies renouvelables ;

§  La lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts ;

§  L’efficacité énergétique dans tous les usages ;

§  La valorisation des déchets et la réduction des émissions de méthane ;

§  La qualité de construction neuve et la réhabilitation du patrimoine existant ;

§  L’amélioration des procédés industriels notamment dans les industries extractives et de première transformation des matières premières ;

§  La diffusion de véhicules peu émetteurs ;

§  Une amélioration des transports, notamment les transports urbains et les transports de marchandises sur longue distance.

Il serait cohérent que le nouveau régime post 2012 prévoit l’établissement par tous les pays à la fois de PANAs et de programmes de NAMAs, dans la perspective d’un développement à bas niveau de carbone et apportant aux sociétés un bon cadre de résilience (et ce évidemment en maintenant les obligations que les pays industrialisés ont pris dans le cadre du protocole de Kyoto).

La question ne réside guère dans leur caractère obligatoire ou non, car leur périmètre pourra être tellement ouvert et variable que la contrainte serait faible. A l’inverse, cela garantirait d’une part à tous les pays d’y avoir accès en ayant l’assurance que la discussion s’organisera autour de leurs projets de développement et d’autre part d’orienter dans cette direction les moyens financiers dégagés par les pays industrialisés. Cela permettrait également la reconnaissance internationale des efforts d’atténuation réalisés par les PED, y compris les actions passées, comme le demandent les PED et le Groupe Afrique.

Le défi majeur sera de s’assurer d’un accès satisfaisant pour tous les pays.

La proposition Sud-africaine développée précédemment souligne clairement la nécessité d’une approche programmatique afin que les pays aient une réelle maîtrise de la négociation avec les financeurs en fonction de leurs priorités propres. Il est également essentiel de mixer les formes de concours financiers en fonction de la réalité économique des projets (aide publique au développement, mécanismes de marché, épargne nationale, secteur privé). Cette soumission doit être soutenue dans son intégralité.

 

B. La déforestation et le mécanisme REDD +

 

Tous les pays s’accordent sur l’importance de la question de la déforestation qui est responsable, sous ces différentes formes, de près de 20% des émissions totales de gaz à effet de serre.

L’objectif visé est de diviser par deux la déforestation tropicale d’ici 2020 et de stabiliser le couvert forestier de la planète à partir de 2030.

La Papouasie-Nouvelle Guinée, soutenue par le Costa Rica et huit autre pays, a proposé la mise en place d’un mécanisme REDD lors de la COP 11, en 2005. Depuis, un nombre important de soumissions ont été élaborées à ce sujet.

Le Plan d’action de Bali[1] reconnait ainsi la nécessité d’inclure REDD dans un régime post 2012. Mais, une fois dépassé cet accord de principe, les divergences sont apparus rapidement quant à la portée d’un tel mécanisme.

En effet, si la position des ONG sur ces sujets a quelques peu évolué, les intérêts divergents des PD et des PED les poussent à émettre des propositions contradictoires.

 

  • Questions débattues :

  • Portée et nature des financements ? Il faut prévoir des financements à la fois pour soutenir les pays dans la mise en place technique (notamment pour la surveillance) de bonnes pratiques de gestion et de conservation des forêts mais également en contrepartie de la déforestation évitée.
  • Ceci renvoie à la question des sources de financements : la plupart des propositions envisagent un mix entre mécanismes de marché –intégration des réductions REDD dans le marché du carbone- et de fonds complémentaires. Se pose également la question de la participation du secteur privé.
  • La définition même des actions à engager : Faut-il inclure dans le mécanisme la reforestation, l’afforestation, et la conservation (REDD ou REDD+)? Il convient également de prendre en compte la qualité des forêts (problème des plantations commerciales, des espèces invasives). La Norvège souligne l’importance d’une cohérence entre les différents processus et organismes visant la protection des forêts. La Guyane souligne l’importance de corriger les divergences entre le PK et le BAP concernant la déforestation ;
  • La prise en compte d’organisations régionales (ex du COMIFAC) dont le rôle sera central.
  • La comptabilisation des émissions : la majorité des PD, et notamment la Nouvelle Zélande, souhaitent que les réductions liées au mécanisme REDD soient comptabilisées dans leur engagement au titre du PK. Cette position est décriée par les ONG et les PED, soutenus par la Norvège, qui réclament que ces réductions soient strictement additionnelles.
  • La répartition des aides devront aller en priorité vers les pays ayant des pratiques de déforestation, afin de les inciter à arrêter ou en récompense aux pays HFLD qui, comme le souligne le Surinam, ont des pratiques de gestion durable et ont droit à une rétribution pour service environnemental rendu afin de les aider à maintenir et améliorer ces pratiques.

·         Le rôle possible dans le financement des mécanismes de flexibilité, en veillant à éviter les dérives. Il faut déterminer l’articulation possible entre ces mécanismes, les autres dispositifs de finance carbone et l’aide publique au développement.

·         Les conditions de gouvernance et de vérification d’un accord sur la déforestation ?

La Papouasie Nouvelle-Guinée insiste dans ses propositions (au nom des PED sur le mécanisme REDD) sur la nécessité de lier la déforestation et le développement. Les Etats-Unis reconnaissent que l’objectif majeur du REDD+ sera de guider les PED vers un développement durable mais que la participation à ce mécanisme devra rester volontaire. L’intégration d’objectifs de développement et de préservation favorisera-t-elle la réussite globale du futur mécanisme REDD ou bien risquera-t-elle de compliquer, et de ce fait, de gêner le déroulement actuel des négociations sur le REDD ? Pourtant, aborder la négociation et la question des mécanismes sans passer par un argumentaire de développement conduirait à un échec. La solution passera certainement par une démarche progressive : tous les points concernant REDD ne nécessiteront pas forcément d’être réglés en même temps ; les questions majeures –notamment les financements- devront être réglées pour la COP 15 mais certains aspects techniques nécessiteront plus de temps.

 

o    Les conditions de réussites, reconnues par la majorité des pays :

  • Prévoir des incitations suffisamment importantes pour que les pays trouvent un intérêt à la perte du bénéfice économique lié aux activités forestières ;
  • Tous les pays doivent être concernés afin d’éviter les déplacements de déforestation ;
  • Avoir une approche globale de ce problème, qui ne renvoie pas seulement à la question du changement climatique mais également à la pauvreté (avec l’utilisation du bois de feu et du fait du manque d’accès à d’autres énergies) mais également à celle de la biodiversité et de l’alimentation (problème de la conversion des forêts en des terres agricoles, déforestation privant les populations de ressources). Il faut relier la question de la forêt à celle de l’agriculture.
  • Mettre en place des mécanismes de surveillance efficaces, ce qui nécessitera des transferts technologiques importants (notamment un suivi par satellite).
  •  

o    Les propositions possibles

Suivi, contrôle mesurable, notifiable, vérifiable (MRV)

·         Le suivi et le contrôle des surfaces déforestées, réaffectées ou replantées notamment par surveillance satellite et la surveillance des incendies ;

·         Mise en place d’un « REDD MRV Technical Panel » sous l’égide du secrétariat de l’UNFCCC (proposition norvégienne)

·         Reporting annuel des résultats des actions afin de permettre, sur la base des résultats, des payements annuels. Le régime REDD+ reposerait donc sur le lien étroit entre performance et financement (proposition norvégienne) ;

Mise en oeuvre

·         Comme pour les NAMAs, il conviendrait de mettre en place une phase précurseur pour la période 2010-2012 ;

·         Il faudra généralise des programmes de formation, d’éducation des populations locales à la gestion de leurs ressources avec, par exemple, la mise en place d’une initiative internationale forte pour réduire les consommations de bois de feu dans les zones en cours de déforestation, incluant un important volet d’éducation populaire (femmes africaines…) ;

·         Le principe d’une élaboration nationale des programmes ayant été retenu lors des dernières CdP de Poznàn et de Bonn, ceux-ci seront construits sur la base de plans nationaux complets et pas seulement selon une approche projet par projet, au coup par coup ; Les Etats-Unis insistent sur cette nécessité de mettre en oeuvre des plans nationaux d’actions REDD+ ;

·         Le mécanisme REDD doit être multifonctionnel, inclure l’assurance, la compensation, et la management des risques (proposition du Guyana) ;

·         La mise en œuvre des activités REDD doit s’appuyer sur les connaissances et le savoir faire des communautés locales indigènes. Il convient de les aider à s’adapter (promotion du développement économique et social des peuples de la forêt) et de leur assurer une reconnaissance légale de leur rôle et dans leurs droits dans le processus REDD (proposition mexicaine).

Financement

·         Mettre en place un mécanisme de marché spécifique à REDD (proposition Panama, Paraguay, Salvador) ;

·         Allouer à la déforestation le produit de la mise aux enchères d’une partie des réductions d’émissions des pays industrialisés. Un prélèvement de 2% sur des unités de quantités attribuée (UQA) pourrait générer des revenus compris entre 15 et 25 milliards de dollars par an (proposition norvégienne) ;

·         Un Fonds REDD, proposé par le Panama, alimenté en partie par un pourcentage prélevé sur les réductions d’émissions mises aux enchères ou un pourcentage des UQA (quotas) des pays développés

·         Créer un Green Fund global pour le financement des actions d’adaptation et d’atténuation pour les activités REDD + (conservation, gestion durable des forêts, mise en valeur des puits de carbone). Les activités REDD pourront avoir accès au marché du carbone. Les financements proviendraient de sources différentes mais devront être MRV. (proposition mexicaine).

 

  • REDD+ et NAMAs

Une discussion importante s’est amorcée à Bonn quant à savoir si les actions de déforestation seraient contenues ou non dans les NAMAs.

La grande majorité des PED, soutenus par la Norvège, souhaitent inclure les actions REDD dans les NAMAs, afin qu’elles bénéficient des avantages et des conditions liés à un tel cadre.

L’argument contre, évoqué par l’Union Européenne, réside dans le fait que le dispositif REDD + est plus abouti que celui des NAMAs, dont le contenu est encore flou. Il nécessite aussi une plus grande garantie de bonne gouvernance. De plus, les situations des pays étant extrêmement variées (en fonction de la taille de leur couvert forestier subsistant, de leur densité de population ou encore de la nature de la pression qui s’exerce sur les forêts), un accord spécifique permettrait de mieux tenir compte de ces particularités.

Il est possible toutefois de prévoir des ponts entre le mécanisme REDD+ et les NAMAs.

 

Proposition pour l’Afrique : Il faudra analyser en quoi les règles des NAMAs pourront constituer un socle commun et quelles spécificités de REDD+ devront être prises en compte et dans quel cadre. Il est probable qu’il faudra prévoir une instance spécifique ad hoc, qui élaborera des règles spécifiques qui pourront faire l’objet de décision de CdP.

 

Par exemple, leur intégration dans les stratégies de développement à bas niveau de carbone ainsi que des mécanismes de registre structurés de façon cohérente.

 

Proposition du SURINAME

Le mécanisme REDD doit absolument inclure les pays HFLD afin de leur permettre de maintenir leur pratique, de prévenir les risques de conversion des forêts et de les aider dans la voie d’un développement à bas niveau de carbone. REDD doit être basé sur l’équité, les capacités respectives, les circonstances nationales. La conservation doit être un élément clé.

 

Proposition de la PAPOUASIE-NOUVELLE GUINEE au nom des 29 PED

Cette proposition est cohérente avec celle de la Norvège, qui soutient fortement ces pays dans leurs revendications. Les éléments pour un mécanisme REDD devant être inclus dans l’accord de Copenhague sont identiques dans les deux propositions. 

 

Cf. Propositions norvégienne et néo-zélandaise en annexe.

 

o    Les risques d’échec :

Au-delà de la bonne volonté manifestée sur ce dossier depuis deux ans, les risques d’échec possibles sont :

·         une absence de dotation financière crédible du fait de la crise financière et économique ;

·         des mesures décidées internationalement sans portée réelle sur le terrain (consommation de bois de feu, défrichage par des paysans sans terre). Des mécanismes globaux peuvent avoir une faible efficacité opérationnelle sur le terrain. La lutte contre la déforestation n’est dons pas séparable de politiques sociales en direction des populations concernées.

 

C. L’agriculture et les changements d’utilisation des sols

 

Sous la pression d’ONG environnementales, la question de l’agriculture a été particulièrement négligée à Kyoto. En effet, celles-ci se sont opposées à l’intégration de l’agriculture dans le cadre du MDP et à la prise en compte des puits. A la base, l’argument invoqué était légitime : le risque de fraude dans le comptage des émissions réduites dans des secteurs où la quantification des flux est très lacunaire (importance des échanges non marchands, absence de comptage des affectations des sols dans les PED, incertitudes scientifiques, absence de données concernant le stockage ou le déstockage de carbone par les sols en fonction des pratiques agricoles). Cette inquiétude s’est amplifiée lors de la finalisation de la négociation pour Marrakech sur les montants d’absorption de CO2 par les puits, suite aux demandes parfois abusives de réduction de leurs engagements au titre du Protocole de Kyoto par de nombreux pays. Mais le résultat de ce refus a eu un effet pervers dramatique : l’éviction de tout investissement dans l’agriculture pour des pratiques bénéfiques au climat dans les pays qui en ont le plus besoin, les pays pauvres qui vivent essentiellement de l’agriculture.

La question se pose donc de réintégrer l’agriculture dans les politiques climatiques. Alors même que les ONG semblent camper sur leur position, tous les pays semblent favorables à l’intégration de l’agriculture dans les politiques climatiques.

La négociation doit porter sur :

§  L’amélioration des connaissances scientifiques ;

§  Les progrès possibles sur la comptabilisation des émissions ;

§  L’identification précise des pratiques bénéfiques ;

§  Les possibilités d’inclusion des actions dans l’agriculture dans les mécanismes financiers ;

§  Un retour des organisations internationales, notamment de la Banque Mondiale, dans le financement des politiques agricoles ;

§  Le contrôle du mode de prise en compte de l’agriculture dans les inventaires nationaux ;

§  Les formes de sanction en cas d’exagération ou de sous-estimation manifeste.

 

o   Les risques d’échec :

§  Un maintien des oppositions actuelles ;

§  La multiplication des fraudes constatées dans les inventaires d’émissions et de prise en compte des puits ou une inapplicabilité des dispositifs proposés.

 

Les propositions suivantes sont à envisager :

§  Reprendre l’initiative en faveur de la priorité au développement agricole dans  les pays les plus pauvres.

§  La création d’un mécanisme financier propre à l’agriculture sera probablement nécessaire dans le nouveau protocole, car il semble difficile de mélanger des mesures aussi spécifiques aux PED avec des mécanismes de financement qui recherchent les rentabilités les plus fortes au plan de l’atténuation de l’atténuation dans les secteurs de l’énergie et de l’industrie.

 

D. L’adaptation

 

La question de l’adaptation a avancé ces dernières années dans deux directions : la reconnaissance de l’importance du sujet, et le mode de gestion des fonds. Mais elle bloque sur deux points essentiels :

L’ampleur des fonds nécessaires alors que les contributions volontaires des pays industrialisés restent dérisoires, les besoins financiers étant près de 100 fois supérieurs aux moyens actuels.

La nature des actions éligibles :

§  Les nécessités varient fortement selon les pays, on ne peut donc pas arrêter une nomenclature uniforme des actions finançables ;

§  Certaines actions coûteront extrêmement cher sans avoir un retour financier envisageable aux horizons économiques habituels ;

§  Les pratiques organisationnelles, réglementaires et comportementales efficaces et peu onéreuses mais qui exigent un grand progrès éducatif et démocratique.

La question des pays qui pourraient bénéficier des financements n’est pas clarifiée : les soutiens doivent-ils être concentrés vers les pays les moins avancés ou concernent-ils tous les PED ?

 

La négociation est le lieu de manifestation régulière de l’importance majeure à accorder à l’adaptation, notamment pour les PED (avec les pays AOSIS en pointe sur le sujet). Mais cet accord de surface contraste avec le flou sur le périmètre concerné.

A priori, il faut distinguer les cas suivants :

§  L’intervention d’urgence en réponse à des catastrophes ;

§  Les actions de prévention notamment pour protéger les zones fragiles (zones inondables, côtes menacées) ;

§  Les investissements de reconstruction au-delà de l’urgence après une catastrophe ;

§  Les profonds changements d’activités, suite aux transformations induites par le changement climatique (ressources en eau, changements de cultures…) ;

§  La diversification des économies.

 

o   Des PANAs dans tous les pays :

 

Cette avancée semble faire accord : l’élaboration de PANAs est pour le moment obligatoire seulement pour les PMA. Leur généralisation permettrait de mieux cerner les besoins réels des pays et ainsi d’objectiver les négociations.

La contribution effectuée par l’Algérie au nom du groupe Afrique mentionne la nécessité d’une prise en charge de 67 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour l’adaptation. Les estimations effectuées par l’UNFCCC et la Banque Mondiale portent sur un flux annuel nécessaire d’investissements de 10 à 40 G$ au plan mondial.

 

o   Les risques d’échec de la négociation sur l’adaptation :

§  Un traitement dérisoire de l’adaptation dans l’accord. Faute de moyens financiers et de consensus sur le périmètre des actions à prendre en compte. Il déboucherait sur un refus de l’accord de la part des PED ;

§  Des accords partiels jugés trop défavorables par une catégorie de pays, notamment les Etats-îles de l’AOSIS ;

§  Se pose la question (proposition du G77) d’un protocole spécifique sur l’adaptation. Il semble pourtant que la négociation aura d’autant plus de chance de couvrir l’adaptation que ce sujet sera intégré dans un accord global et non pas séparé ;

§  Le flou actuel sur la nature des actions risque de faire échouer un accord sur l’adaptation malgré les déclarations de sensibilité sur ce sujet.

 

Les propositions principales sont les suivantes :

  • Il faut absolument avancer sur la détermination d’actions prioritaires:

§  la protection contre les inondations ;

§  la protection des zones côtières ;

§  la protection et l’accès aux ressources en eau potable ;

§  l’adaptation des pratiques agricoles.

§  Les National Adaptation Strategies, fondées sur les NAPAs ;

§  Une approche régionale pour une adéquation la plus fine possible ;

§  Un centre international pour l’adaptation (proposition du Bangladesh et de l’Australie) pour diffuser les meilleures pratiques.

 

o    l’approche dite «écosystémique»

Les Etats-Unis et le Bangladesh prônent une approche écosystémique dans les stratégies pour l’adaptation. Un certain nombre d’Etats-îles ont évoqués à Bonn et Poznàn la possibilité d’une l’intégration de la préservation et de la restauration de la biodiversité dans les mécanismes d’adaptation. Quel mécanisme de financement peut-on alors envisager ?

 

 

E. Autres questions en débat

 

  • La gestion des risques

La question de la gestion des risques pèse de plus en plus dans les négociations, et est reprise dans les soumissions de nombreux pays en développement. Elle est complémentaire des politiques d’adaptation et propose un processus de mutualisation des financements de la réponse aux catastrophes climatiques. Ils sont nombreux à exiger un système d’assurance pour les désastres. Le Bangladesh insiste sur l’élaboration d’une stratégie pour la réduction des risques. Les Etats-Unis proposent un système de micro-assurance. Le Hyogo framework et le Nairobi Work Programme apparaissent comme les outils cadre envisagés pour l’accord post 2012.

 

Proposition du Bangladesh : La stratégie de réduction des risques doit s’appuyer sur trois piliers :

§  Un système d’alerte précoce des menaces de catastrophes ;

§  La gestion des risques par le biais d’un mécanisme d’assurance ;

§  Des plans nationaux de gestion du risque.

 

o       L’effet boomerang des politiques climatiques

La question des impacts négatifs des mesures d’atténuation constitue un enjeu de taille aux yeux d’un certain nombre de pays. D’abord pour les pays pétroliers et charbonniers qui dénoncent le fait que les émissions liées à l’extraction des combustibles fossiles leur soit imputés à eux et non pas aux pays qui, en définitive, les consomment.  Ces pays, mais également un certain nombre d’Etats-îles et de pays en développement, souhaitent que des précautions soient prises afin d’éviter des répercussions négatives sur un pays Y engendrées par des mesures d’atténuation prises par un pays X. L’Australie et la Nouvelle Zélande mettent quant à elles en avant les conséquences positives des mesures d’atténuation. On peut difficilement imaginer des mesures d’atténuation qui n’affectent pas, au moins à court terme, les modes de production et l’économie, puisqu’elles doivent justement tendre à modifier les pratiques actuelles. Les mesures auront a priori des conséquences positives (par exemple, création d’emplois, développement économique, préservation de l’environnement) et négatives (normes nationales perçues comme des barrières tarifaires par d’autres pays par exemple). Il s’agit de faire en sorte que le poids de ces conséquences soit compensé par des mesures équitables. Il est aussi crucial d’impliquer l’OMC afin d’assurer une cohérence entre les règles de droit international du commerce et les mesures de lutte contre le changement climatique.

o    La question des genres

Les Philippines, la Bolivie et l’Islande insistent sur la nécessité de prendre en compte la question des genres dans les mesures d’adaptation et d’atténuation. Les femmes ont un rôle majeur à jouer, notamment dans l’adaptation aux nouvelles conditions climatiques.

o    L’approche sectorielle

Si l’idée d’une approche sectorielle fait son chemin, elle ne fait pas pour autant consensus. Le Japon et l’Union Européenne prônent une telle approche dans l’atténuation afin de permettre, par exemple, d’unifier les performances énergétiques des secteurs industriels/économiques entre plusieurs pays. Un certain nombre de points restent à éclaircir :

§  L’approche sectorielle servirait-elle surtout lors de la comptabilisation des émissions et/ou lors de l’élaboration des objectifs d’atténuation lors de l’élaboration de programmes d’action ?

§  Par sectoriel, entend-on à l’échelle mondiale ou interrégionale ou nationale ?

§  L’approche sectorielle serait-elle une approche parmi d’autres et comment s’articule-t-elle avec les autres types d’actions ?

§  L’approche sectorielle devrait elle être à la base des Namas ?

§  Quelle méthodologie de comptabilisation sectorielle adopter ?

 

A l’inverse de l’UE et du Japon, l’Indonésie est contre l’idée que l’approche sectorielle serve à déterminer les objectifs et les programmes d’atténuation, ou qu’elle soit la base de la méthodologie de comptabilisation. L’approche sectorielle dans les politiques d’atténuation est en effet pénalisante pour les pays dont l’économie repose sur une seule activité, comme l’Indonésie et ses activités d’exportation de bois. Toutes ces émissions se concentrent sur ce secteur et une approche sectorielle obligerait le pays à diminuer sa production principale. 

 

D’autres propositions devront porter sur la nature des instruments : les mesures d’ordre réglementaire, la tenue des inventaires, les communications nationales, les dispositions d’observance et de gouvernance…

 

III. LES TRANSFERTS DE TECHNOLOGIES

 

Revenant sur les positions de négociation antérieures (Mandat de Berlin, Protocole de Kyoto) les différentes parties s’accordent maintenant sur la nécessité d’une diffusion efficace des meilleures technologies susceptibles d’aider à réduire partout les émissions de GES et à s’adapter aux changements inévitables.

L’accord porte actuellement sur la proposition d’un nouveau « mécanisme » relié à la Convention, dont la nature est encore vague. Elle pourrait concerner à la fois un mécanisme financier et un nouvel organe subsidiaire (comme le SBSTA et le SBI).

La question des transferts de technologies est, dans la négociation, globalement mal posée car focalisée sur les technologies de pointe et les droits sur les brevets qui, s’ils constituent certes l’aspect le plus difficile, ne forment pas l’essentiel des cas. Le débat ne sort encore guère de généralités. Il faut en réalité bien distinguer les besoins.

 

A.   Besoins des PED en transferts de technologies

 

Les transferts de technologies nécessaires pour les pays en développement portent sur des technologies banales : la construction des logements, les pratiques agricoles, les procédés industriels les plus courants, la production de biens de consommation courante. Les besoins de transferts de technologies consistent alors essentiellement en de la formation professionnelle ou en l’organisation des professions et des dispositions administratives favorables à l’implantation d’équipementiers. Il n’y a là rien de difficile à prendre en charge. Les mesures consisteront notamment en du renforcement de capacités au niveau des branches d’activité et de la formation initiale.

Les pays en développement, et les PMA en particulier :

-       demandent la création de centres d’excellence au niveau régional, le développement des coopérations entre pays de climats similaires (coopérations Sud-Sud) et que l’accent soit mis sur le niveau local et les populations les plus vulnérables (éducation…) ;

-       ont un besoin important de développement de la collecte et de l’analyse de données climatiques et socio-économiques, notamment au niveau des communautés ;

-       demandent une revue des techniques d’adaptation indiquant leur niveau de maturité.

Ils craignent aussi que les transferts de technologies viennent se substituer à un soutien financier, ce qui explique que de nombreux PED insistent sur l’importance de distinguer APD, aide financière nouvelle et additionnelle, et transferts de technologies.

 

B.   Besoins des pays émergents en transferts de technologies

La situation des pays émergents est très différente. Ayant souvent une population éduquée et des universités et écoles d’ingénieurs de haut niveau, ils accèdent sans difficulté, via internet notamment, aux technologies usuelles. La Chine et l’Inde n’ont plus guère besoin de soutien financier direct pour la mise en œuvre des technologies. Leurs attentes portent plutôt sur des technologies plus avancées. C’est maintenant l’un des points sur lesquels les pays émergents portent le plus leurs exigences. Ils entendent étendre leur développement industriel, basé actuellement essentiellement sur des produits manufacturés, en conquérant également ceux des technologies de pointe.

Il faut néanmoins veiller à prendre également en compte les pays avancés technologiquement mais sans moyens financiers (cf. soumission Turquie), qui se trouvent dans une situation intermédiaire.

Un blocage sur le transfert de technologies pourrait être jugé par les pays émergents comme légitimant un échec de la négociation.

 

C.   Des normes internationales

o   La mise en place de normes d’efficacité énergétique

Le débat doit être étendu vers l’adoption de normes internationales concernant l’efficacité énergétique des biens usuels de consommation (appareils électroménagers, de chauffage et de climatisation, d’éclairage, véhicules,…). Le potentiel de réduction des émissions par une diffusion des meilleures pratiques constitue ainsi une stratégie d’atténuation au moindre coût.

La voie la plus efficace consisterait en des programmes internationaux portant sur des filières pour fortement réduire les coûts des meilleures technologies en leur assurant rapidement le marché le plus vaste possible.

o    Les programmes de recherche

Des programmes de recherche entrepris à l’échelle mondiale permettraient plus de cohérence, surtout dans la préparation de programmes sectoriels de diffusion d’ampleur mondiale. Les Etats-Unis ont levé leur refus, réitéré depuis Kyoto, d’instaurer une coordination des efforts de recherche au plan international. Le pays a ainsi mis en place en 2007 un partenariat avec les pays Asie Pacifique (APEC), fondé sur le volontariat, afin de favoriser la collaboration, la diffusion le développement et le transfert de technologies propres. Différents pays semblent maintenant converger en ce sens. Et non des moindres : Etats-Unis et Chine (lors du Major Economy Forum de mai 2009). Ces échanges concernent différents domaines : l’efficacité énergétique, le charbon propre, le captage et le stockage du carbone, les énergies renouvelables, les véhicules économes… Ce processus prendra tout son sens s’il est étendu au niveau international et accessible aux pays les moins avancés.

 

Les questions suivantes sont à creuser :

§  Les besoins spécifiques de recherche des PED ; 

§  Les filières qui seraient prioritaires (agriculture, recyclage, renouvelables, transports, construction…) ;

§  Un effort international en faveur de la séquestration du carbone constituerait une contrepartie intelligente en direction des pays tirant l’essentiel de leur activité économique de la production d’énergies fossiles (à commencer par l’Inde et la Chine).

Les propositions suivantes sont à développer :

§  La mise en place au plan international de programmes de recherche ciblés sur les besoins des PED.

§  De programmes de renforcement des capacités portant sur la prise en charge de technologies déterminantes d’atténuation des émissions par le développement de la formation professionnelle.

 

D.   Les débats

 

o    Brevets et droits de propriété intellectuelle

Les seuls vrais problèmes concernent les technologies dont les brevets qui ne sont pas tombés dans le domaine public. Les entreprises ne veulent pas les lâcher car c’est à partir de ces technologies encore peu diffusées qu’elles conquièrent leurs nouveaux marchés puis réalisent l’essentiel de leurs marges financières. Les Etats industrialisés ne veulent pas prendre en charge le paiement de ces droits d’accès aux brevets de leurs groupes industriels alors qu’ils perdent déjà une grande partie de leur substance industrielle par délocalisation justement vers les pays émergents. Il ne faut guère attendre d’avancées majeures dans ce domaine.

Il faut faciliter les investissements étrangers dans les pays cibles. Par exemple, Areva  propose pour l’installation de réacteurs nucléaires un « service  tout compris » pour éviter de dévoiler des techniques permettant de détourner l’enrichissement civil vers le militaire.

La question est à aborder au cas par cas. L’enjeu central en la matière se trouve du côté de la production d’électricité (turbines à gaz, nucléaire, renouvelables) et les procédés industriels.

 

Soumission des PMA : la question de la propriété intellectuelle leur paraît mineure, puisqu’ils utiliseraient des technologies adaptés par les PED les plus capables en mode « boîte noire ». Les pays développés doivent s’engager sur ce point et proposer des technologies à des taux préférentiels.

 

La soumission chinoise insiste sur le fait que la structure actuelle des brevets est inadaptée pour répondre aux enjeux que pose le changement climatique. Les brevets freinent les transferts de technologies vers le sud pour des actions urgentes, notamment celles de l’adaptation.

 

Le Japon défend le droit à la propriété intellectuelle comme facteur d’innovation. Faute de celui-ci, il y aura une chute des crédits privés de recherche.

NB. Le Japon a proposé un Cool Earth Program : une road-map des 21 technologies les plus innovatrices et prometteuses.

 

A.   Quel mécanisme financier et institutionnel ?

 

 

Le Japon, la Norvège, et le G77 soutiennent la mise en place d’un programme stratégique sur les transferts de technologies : « new subsidiary body on technology transfer » sous l’égide de la Convention.

 

La Chine, soutenue par un grand nombre de pays, réitère sa proposition d’un Multilateral Technology Acquisition Fund (MTAF) : le fonds serait financé par des taxes déjà existantes pour la R&D, par des taxes sur les transactions carbone et par les enchères. Il faut un système de lutte contre le monopole des brevets : un « IPR-sharing ». Le MTAF ciblerait les actions sectorielles, et technologie par technologie. Le mécanisme permettrait la centralisation des transferts de technologies.

 

L’Inde et le Bangladesh soutiennent la création d’un Executive Body on Technology et d’un Multilateral Climate Technology Fund (MCTF). Il serait financé par des contributions nationales des pays annexe I. Les contributions seraient MRV. L’Executive Body lancerait un premier programme de trois ans ciblant les technologies déjà dans le domaine public, garantissant l’accès à un prix raisonnable aux technologies brevetées et soutenant la création de centres technologiques nationaux et régionaux.

Le MCTF financerait les transferts de technologies, la R&D, le renforcement des capacités, la dissémination des technologies.



 

IV. MECANISMES INSTITUTIONNELS ET FINANCIERS

 

A.  Quelle gouvernance ?

La mise en place de stratégies de développement à bas niveau de carbone et de NAMAs nécessite un renforcement des dispositifs d’observance :

§  Des inventaires nationaux annuels et des communications nationales plus approfondies et plus fréquentes ;

§  L’établissement par tous les pays de Plans d’Action Nationaux d’Adaptation.

Ces points ne devraient pas faire difficulté dès lors qu’ils seraient associés à des financements.

 

Les PMAs ne veulent pas de nouvelles contraintes en matière de reporting et de planification qui ne feraient que ralentir le processus (les PANAs ont mis six ans à devenir opérationnels). Mais tous les PED rédigeraient un plan national qui serait, de fait, considéré comme leur PANA. En parallèle, le formalisme des PANAs serait étendu pour intégrer de nouveaux aspects, sous la supervision du Groupe d’Experts des PMAs, en évitant la création de processus parallèles redondants. Il faut développer les procédures de suivi des financements, et permettre aux pays bénéficiaires de basculer d’une source de financement à une autre. Plus de fongibilité entre les agences des Nations Unies permettrait d’optimiser les processus.

 

o    Un Fonds Mondial pour le Changement Climatique ?

La principale proposition mise sur la table est celle du Mexique avec la création d’un « fonds mondial du le changement climatique ».

Au-delà du principe, plusieurs modes opérationnels sont possibles, qui correspondent à des modes de gouvernance différents :

§  Un financement via la Banque Mondiale et ses règles ;

§  Un financement via le GEF ;

§  Un financement via une nouvelle instance directement reliée à l’UNFCCC, avec une gestion paritaire entre pays donateurs et pays bénéficiaires.

Cette dernière option est celle préconisée par la proposition mexicaine.

Elle prévoit également un double prélèvement de 2% sur les contributions financières, l’une en faveur du fonds d’adaptation et l’autre pour alimenter un nouveau fonds de transfert de technologies.

 

  • Les mécanismes d’observance et de sanction

La question des mécanismes d’observance et des sanctions prend dans cette phase préparatoire une importance accrue, et ce pour plusieurs raisons :

§  De nombreux pays de l’Annexe 1 ont gravement dérapé vis-à-vis de leurs engagements de Kyoto, ce qui les conduit dans la nouvelle négociation non plus à inscrire un engagement de rattrapage supplémentaire mais à l’inverse à minorer leurs engagements futurs. On dérive ainsi des dispositions du Protocole de Kyoto vers un laxisme qui affaiblit le caractère contraignant des engagements et déstabilise les mécanismes de Kyoto.

§  La faiblesse des transferts financiers Nord-Sud au titre de la Convention et du Protocole a suscité l’inscription dans le Bali Action Plan des mécanismes MRV, ce qui exige la mise en place de procédures et d’instances de contrôle.

§  La crise financière et la méfiance montrée en direction de mécanismes financiers sophistiqués  se traduit par une nécessité accrue de mécanismes de contrôle et de traçabilité concernant la finance carbone. 

§  Certains des mécanismes nouveaux proposés nécessitent des dispositifs élaborés de calculs, de suivi et de contrôle, notamment REDD +.

Les propositions de renforcement des règles d’observance émises dans les soumissions sont les suivantes :

§  Notamment prônées par la Colombie : des sanctions financières pour les pays de l’Annexe 1 ne respectant pas les engagements juridiquement contraignants de réduction des émissions, qui seraient reversées au fonds d’adaptation.

§  Un soutien à l’engagement de plans climat territoriaux à des niveaux infra-étatiques.

Plus les pays présentent des trajectoires qui s’écartent de leurs engagements, plus les dispositifs d’observance assortis de sanctions sont indispensables pour garantir la crédibilité du système.

 

o   Les questions à débattre :

§  Réfléchir à de nouveaux mécanismes de sanction compatibles avec la Convention et le Protocole ;

§  Identifier la compatibilité de mécanismes de sanctions accrues de nature économique avec les règlements de l’OMC ;

§  Impliquer davantage les collectivités locales et les niveaux infranationaux.

 

B.  Quel contexte financier ?

 

On a pu constater dans les différentes composantes de négociation qui précèdent à quel point les éléments financiers étaient déterminants, soit comme condition de mise en œuvre d’actions proposées aux PED, soit comme contrepartie avancée par les pays industrialisés pour compenser les obstacles rencontrés dans la négociation.

Les propositions devront porter sur le montant nécessaire à la dotation des fonds, sur la mise en place de mécanismes financiers, sur les prélèvements sur les mécanismes, sur les dispositions fiscales et les aides publiques au développement dans un cadre multilatéral.

La négociation financière sera dans tous les cas le facteur décisif qui permettra - ou pas - de boucler la négociation.

Ce débat comporte un certain nombre de risques :

§  Le refus des pays industrialisés d’engager une négociation financière tant que les effets de la crise ne seront pas clairement mesurés ;

§  Le risque d’échec peut être rapide, c'est-à-dire antérieur au tour de table final, si des pays annoncent d’emblée un refus d’augmenter leurs contributions ;

§  Afin de créer un climat de confiance, il sera indispensable que les bonnes volontés soient clairement affichées par des accords sur des sujets ponctuels, notamment sur l’élaboration des NAMAs.

o    Un contexte difficile pour les négociations sur le financement

L’instabilité du prix des énergies

L’intérêt économique des actions d’atténuation dépend fortement du niveau du prix des énergies. L’année 2008 a été dévastatrice avec à la fois un cours du pétrole qui a atteint des sommets en août (147$/bl)  puis, suite à la crise financière et économique mondiale, un effondrement des cours depuis l’été (55$/bl en mai 2009) après un point bas à 40 $/bl en novembre 2008.

Le fait que l’on soit entré dans une période de difficulté de plus en plus vive de réponse à la croissance de la demande d’énergie par les capacités actuelles d’offre constitue l’un des éléments les plus déterminants de l’actuelle négociation. Dans les pays importateurs de combustibles fossiles, les actions visant à accroître l’efficacité énergétique et à développer les énergies renouvelables - qui constituent le cœur des politiques de d’atténuation des émissions - deviennent davantage rentables. Le prix du pétrole est maintenant compris entre le double de sa valeur lors de la convention de Rio et du protocole de Kyoto et six fois plus (à l’été 2008) !

La coïncidence historique entre des prix élevés des énergies et la nécessité de lutter contre le changement climatique fait converger des rentabilités de court terme et des exigences écologiques de long terme.

Toutefois, le fait que le prix du pétrole oscille selon une amplitude aussi imprévisible que large brouille les projections pour le futur. Cette inconstance n’annule ni la tendance future à des prix élevés des énergies ni la rentabilité de la plupart des investissements à réaliser. Le résultat en est que les pays ne peuvent tabler sur aucune rentabilité prévisible, ce qui encourage peu à l’investissement et encore moins à la prise d’engagements de long terme. Cette absence de prévisibilité nécessitera des engagements financiers publics et des ajustements au cas par cas entre les différents modes de financement (APD, mécanismes de Kyoto, fonds, PPP).

Il faut néanmoins introduire dans les négociations le sujet de la rentabilité améliorée des actions en cas, hautement probable, de hausse des prix du pétrole d’ici 2020. Mais la difficulté est que la volatilité récente des prix brouille les perspectives et empêche de prévoir une répartition fiable des différents modes de financement et d’optimisation afin d’obtenir une mobilisation massive du secteur privé en stabilisant les conditions de rentabilité.

 

Une perte de confiance dans l’utilisation des instruments financiers

Depuis l’été 2008, la valeur du carbone a plongé. Les banques, affolées par la crise financière, cherchent à consolider leur bilan en nettoyant les actifs à valeur incertaine.

La valeur du carbone sur le marché européen s’établissait fin mai autour de 14$ la tonne de CO2.

Cette situation débouche sur un risque important de refus américain des mécanismes de Kyoto au plan international, où les processus de vérification de contrôle et de validation sont faibles (à la différence des conditions d’application dans un cadre strictement national ou régional).

Une discussion économique insuffisante

La négociation financière à venir va être rendue difficile par manque d’une culture économique partagée entre les négociateurs :

§  La dotation des fonds et les autres interventions financières sont perçues comme des dépenses à fonds perdus alors que les investissements dans l’efficacité énergétique constituent l’un des plus productifs possibles et représentent donc un des principaux moteurs de relance économique mondiale.

§  La demande légitime d’implication du secteur privé ne sera pas possible dans un contexte de recul généralisé des interventions publiques mais sera à l’inverse stimulée par des interventions permettant de sécuriser les conditions d’investissement.

§  Les apports du rapport Stern ont été perçus, notamment concernant le coût de l’inaction qui dépasserait celui de l’action  Mais, dans la réalité, ces coûts ne se situent pas dans la même temporalité et ne sont pas à la charge des mêmes acteurs. Cette prise de conscience ne génère donc pas un réel comportement d’anticipation de la part des collectivités publiques.

§  Une perception commune relative aux coûts à long terme des énergies serait essentielle car, à l’inverse des points précédents, cela mettrait en évidence des investissements devenus aujourd’hui davantage rentables que dans les contextes des conférences de Rio et de Kyoto.

 

Les risques d’échec et les effets de la crise économique et financière

Il va tout d’abord falloir s’entendre sur des critères équitables permettant de fixer globalement les contributions relatives à atteindre de la part des pays. Le critère à retenir au titre du principe pollueur payeur pourrait être un mix entre la quantité totale d’émissions et la capacité contributive du pays, selon le niveau de PIB par habitant.

Parvenir à un accord sur la répartition des contributions financières à apporter de la part des pays industrialisés sera l’enjeu majeur de la négociation en même temps que son plus grand risque d’échec. Le financement sera le facteur de bouclage de la négociation, notamment à travers le soutien aux NAMAs, afin d’ouvrir la voie aux PED vers un développement à bas niveau d’émissions de gaz à effet de serre et résilient au changement climatique.

Mais les pays industrialisés remettront au plus tard possible le chiffrage de leur engagement budgétaire du fait de la crise économique et financière. Il leur sera politiquement difficile de quantifier leur contribution tant que les chiffres mensuels du chômage continueront d’être en croissance continue. Comme la perspective d’une quelconque reprise économique d’ici la fin 2009 est hautement improbable, les contributions des PD risquent d’être bien maigres avant que l’horizon ne s’éclaircisse.

Toutefois, l’entrée en vigueur du nouveau régime se situe en 2013. Il faut donc distinguer les crédits à libérer pour une phase transitoire de 2010 à 2012 et les dotations du régime pour l’après 2012.

 

C.  Quelles sources de financement?

 

o    L’aide publique au développement et les prêts publics

Il s’agit là des interventions des banques de développement (banques régionales de développement, banques nationales spécialisées (AFD, GTZ, USAID, EuropeAid…). Elles constitueront l’épine dorsale des  contributions financières des pays industrialisés.

Les contributions publiques pourront prendre d’autres voies : des fonds gérés par les organisations internationales (Banque Mondiale, Fonds pour l’Environnement Mondial, PNUE, PNUD) et des fonds reliés à l’UNFCCC.

Il faudra réussir le compromis suivant :

§  Disposer des capacités de compétences techniques, organisationnelles et financières ;

§  Mettre en place des processus transparents ;

§  Eviter les processus d’instruction centralisés pour des projets de taille modeste ;

§  Rechercher la meilleure coordination possible entre les sources de financement ;

§  Transformer le mode de gouvernance dans un sens démocratique par une négociation directe des priorités avec les partenaires des pays bénéficiaires.

 

o    Les partenariats publics-privés

Tous s’accordent sur le constat que, dans un contexte de forte réticence sociale à l’impôt, les investissements très lourds à engager ne peuvent être le fait des seules finances publiques.

Mais toutes les incitations pour développer l’investissement privé de la part des différentes instances internationales (notamment ceux de la conférence de Johannesburg) sont restés lettre morte.

Pour inverser cette tendance, notamment dans les PED, plusieurs conditions doivent être remplies :

§  Le montage financier doit être sûr au plan juridique et financier : le secteur privé ne peut intervenir en aval d’un montage financier trop incertain, notamment en complément des mécanismes de Kyoto quand ceux-ci bénéficient d’une gouvernance insuffisante.

§  Le projet doit être rentable : le cas échéant, une intervention publique doit compenser le gap (subvention, ou bonification d’intérêt) pour permettre une participation privée d’ampleur suffisante.

§  Il faut des infrastructures d’un niveau suffisant et fiable, une stabilité politique et une corruption limitée, (cf. soumission de l’International Chamber of Commerce, US Chamber of Commerce, Japan Businesss Federation).

§  Nécessité de synchronisation avec l’OMC pour les questions de « barrières à l’import/export ».

En outre, l’investissement privé ne peut pas être sollicité en dehors d’un cadre structuré de développement des filières techniques (identification de projets, transferts de technologies, formation des compétences, crédits d’amorçage, politique industrielle, capacité de maintenance).

La conclusion de ce qui précède est paradoxale et à contre-pied des débats idéologiques habituels : l’engagement de l’investissement privé est en quelque sorte proportionnel à l’engagement public dès lors que celui-ci conforte les conditions d’investissement. En revanche, pour renforcer ce lien, il faut que l’investissement public donne, chaque fois que cela est possible, la priorité à des montages financiers privés pour ne pas « brûler » inutilement de l’argent public (le produit précieux des impôts) et ainsi le garder pour les fonctions que le marché ne peut pas prendre en charge. Tout cela revient à constater que, dans la lutte contre le changement climatique, la qualité première des dispositifs à mettre en place au plan international est la prévisibilité des conditions d’utilisation (montant, échéances, affectation, règles d’attribution). Ainsi, les instruments les moins identifiés comme étant ceux de marché - à savoir la taxe - sont en réalité ceux qui facilitent le mieux le fonctionnent du marché et qui s’inscrivent le plus clairement dans une recherche d’équité.

 

o    Les contributions nationales

Sur quelle base doit être calculée la contribution financière des Etats ? Afin de permettre une équité maximale, quels sont les indicateurs à prendre en compte ?

Peut-on envisager une contribution financière de tous les Etats, avec une redistribution juste de l’argent ensuite ?

Les PMA, par exemple, pourraient être exemptés d’une contribution et donc être uniquement receveurs des fonds. A ce stade, le débat n’est pas réellement engagé quant au niveau futur des contributions.

 

Le G77 estime à 0,5% du PIB des pays développés le niveau global de transferts à effectuer en direction des PED. Le rapport de l’UNFCCC de novembre 2008 estime les flux d’investissements nécessaires à 200 milliards de dollars d’ici 2030, dont 46% dans les PED.

Les positions des pays industrialisés concernant les financements ont en général les caractéristiques suivantes :

§  Leur objectif étant de réduire avant tout les impacts du changement climatique sur leur propre territoire, ils sont surtout intéressés par les actions d’atténuation, davantage que par les actions d’adaptation. Ils préfèrent des financements ponctuels à des contributions automatiques et pérennes à montant peu prévisible à long terme.

Quel que soit le mode de financement adopté, il faudra veiller à :

§  Assurer la traçabilité des financements accordés par les Etats à partir des différentes voies possibles (bilatérales, multilatérales, mécanismes…) à travers un registre ;

§  Bien identifier dans les diverses contributions d’un pays la part effective qui relève de la lutte contre le changement climatique.

 

o   Les taxes

En dépit d’une forte opposition de principe par des pays et des acteurs privilégiant les mécanismes de marché, la taxe présente des avantages indéniables de plus en plus ressentis :

§  Elle est prévisible dans son rendement futur et évite le caractère non contrôlable des prélèvements à application automatique ;

§  Sa construction permet des ajustements multiples, d’abord au plan de l’équité (réglage de l’assiette, du taux, des exonérations) et ensuite au plan de la stimulation en direction de secteurs qui diffèrent quant à leur sensibilité aux prix (le secteur domestique, l’industrie lourde, le tertiaire, les transports) ;

§  Le signal économique qu’elle émet est fiable pour les acteurs de marché qui peuvent ainsi la prendre en compte dans les calculs de rentabilité ;

§  Les coûts administratifs de transactions qu’elle génère sont bien plus faibles que pour les mécanismes dits de marché ;

§  La discussion sur leur affectation (dotation des fonds) et leurs usages peut se faire avec précision au moment de son instauration dans le cadre d’instances de décision multilatérales ;

§  Elle est réglable au plan de sa montée en puissance.

 

La proposition suisse d’une taxe carbone universelle

Dans ce contexte, on assiste à un retour dans le débat de l’opportunité d’une taxe carbone avec la soumission suisse. Elle est proposée au niveau de 2 $/t CO2, ce qui correspond à 0,5 $ par litre de carburant. Cette taxe s’appliquerait aux émissions de tous les pays avec une exonération par habitant en dessous de 1,5 t de CO2 (qui constitue l’objectif par habitant permettant une division par deux des émissions mondiales en 2050). Le rendement annuel de cette taxe serait de 18,4 milliards de dollars au profit d’un fonds multilatéral pour l’adaptation. Le G77 et la Chine soutiennent cette proposition.

 

En 2008, la Norvège avait proposé d’étendre le prélèvement sur les transactions MDP aux deux autres mécanismes de Kyoto. Cette proposition est, pour l’heure, mise à l’écart. Lors de la conférence de Poznań, les pays industrialisés ont confirmé leur refus d’étendre le principe du prélèvement de 2% existant sur le MDP (« share of proceeds ») aux permis négociables, aux échanges entre Etats et à la MOC. L‘unique prélèvement existant est donc celui effectué sur les investissements dans les seuls PED : La raison de ce refus ne porte pas sur la MOC mais sur la création d’un « prélèvement automatique » sur les échanges internes des pays industrialisés comme ceux internes à l’ETS européen. Il est vrai que la discussion a été introduite sans chiffrage des flux préalables à la négociation. Il reste à vérifier si le refus de la proposition norvégienne de Poznań sera maintenu ou levé dans la négociation qui vient.

 

Les Philippines souhaitent un prélèvement de 10% sur les transactions relatives à la MOC et au marché d’échanges d’émissions. Ces 10% seraient re-alloués au fonds d’adaptation.

 

La Colombie propose une taxe carbone sur les produits et services des pays annexe I. Elle propose aussi un prélèvement de 4% sur les activités MOC.

 

o   Un financement par le produit des enchères sur les niveaux d’émissions

Une solution proposée pour dégager des capacités financières nouvelles serait de mettre en réserve un certain pourcentage des émissions autorisées pour chaque pays industrialisé, puis de les mettre aux enchères à l’échelle mondiale en direction des Etats. Le produit de ces enchères serait affecté aux actions de lutte contre le changement climatique décidées dans le cadre international de la négociation climat. Cette proposition a été formulée par la Norvège en 2008.

Il faudrait pour cela mettre sur pied dans le cadre des Nations Unies un organe en charge d’organiser les enchères et d’en ventiler le produit vers des fonds et programmes concernant l’adaptation et l’atténuation.

 

Il faut probablement s’orienter vers une distinction du marché du carbone dans les pays ou zones à observance forte (avec capacité effective de contrôle et de sanction comme les dispositifs nationaux et celui de l’Union Européenne et les situations à observance faible comme les échanges internationaux sans aucun mécanisme effectif de sanction).

 

o   Les positions en présence concernant les modes de financement parmi les pays industrialisés

Pour le moment, les positions des pays industrialisés ne sont pas encore clairement affichées mais certaines semblent cependant se dégager :

§  Accepte la perspective des mécanismes de marché dans les financements internationaux : l’Union Européenne ;

§  Acceptent un système basé sur un niveau élevé d’aides publiques du développement : Japon, Union Européenne, la Norvège ;

§  Propose un système d’enchères : la Norvège ;

§  Donne la priorité à une taxe sur les émissions : la Suisse.

§  Les Etats-Unis n’ont pas exprimé le mode de financement qu’ils préconisent au-delà d’une fiabilité de réalisation des dépenses ; il est probable que leur préférence ira aux enchères.

§  Les PMA veulent financer l’atténuation par un prélèvement étendu à 2% sur tous les mécanismes de Kyoto et un financement par le secteur aérien, en excluant les vols originaires ou à destination des PMAs.

 

Ces différents instruments peuvent être articulés de façon complémentaire. Mais la négociation, difficile, sur l’organisation des financements intervient dans un contexte de faible niveau de confiance acquise et en situation de crise économique et financière, dont l’ampleur et la durée sont inconnues.

Il existe un débat sur la manière de procéder : s’agit-il de présenter des actions faites, avec une facture, ou d’obtenir les fonds avant de mettre en œuvre l’action ? Les pays en développement veulent obtenir les fonds avant de mettre en œuvre l’action alors que les pays développés préfèrent une politique de résultat avec un paiement en fonction de l’action réalisée. Cette question se pose plus particulièrement pour les no-lose targets : comment prévoir les fonds, si l’on ne peut anticiper les niveaux d’émissions atteints par les pays en développement ? Le manque d’information implique pour le pays bailleur une difficile maîtrise du budget national et, par conséquent, la crainte de s’engagement à financer les efforts des pays en développement sans une fourchette préétablie.

 

D.  - Zoom sur les mécanismes de Kyoto

Les mécanismes de flexibilité apportent une réponse majeure à une question nouvelle fondamentale : comment l’économie peut-elle prendre en compte des limites globales impératives, qu’il s’agisse de la limitation des émissions de gaz à effet de serre ou de la limitation des ressources (raréfaction des ressources halieutiques, du pétrole, de certains métaux…) ?

L’économie de marché ne peut en effet pas prendre en compte une contrainte à la fois globale et située dans le long terme.

La réponse classique consistait en une économie administrée sensée représenter l’intérêt général mais dont la complexité et la centralisation a nuit au dynamisme et à la fluidité des transactions des acteurs micro-économiques. 

Les mécanismes de flexibilité apportent une synthèse entre ces deux voies. Leur principe général est le suivant :

·         Premier temps, la négociation internationale entre Etats analyse le système de contraintes et assure une distribution des objectifs de réduction des émissions par pays à une échéance fixée dans le cadre d’une négociation politique où se mêlent exigence d’équité et rapports de force. Les Etats redistribuent ensuite ces objectifs entre leurs acteurs nationaux majeurs sous peine de sanction afin d’être capables de tenir les engagements souscrits. On se situe alors clairement dans une économie administrée.

·         Second temps, les acteurs économiques peuvent échanger les quotas de réduction issus de cette contrainte nouvelle selon qu’ils sont en avance ou en retard par rapport à l’objectif fixé. Ces transactions attribuent une valeur au carbone et fluidifient également l’application de la contrainte générale en allant chercher les réductions d’émissions les moins chères dans les différents secteurs et en favorisant l’émergence de solutions innovantes. Mais ces transactions ne passent pas par une centralisation par les budgets publics mais s’effectuent directement entre acteurs économiques moyennant la tenue d’un registre. C’est la partie marché du système.

Ces mécanismes de flexibilité sont aujourd’hui réinterprétés à la lumière de la crise financière. Ce sont des mécanismes à terme, puisque la valeur du carbone, objet des transactions, ne sera réellement connue qu’aux échéances fixées par la négociation internationale (2012 puis 2020). Les entreprises inscrivent donc dans leurs comptes un bien à valeur inconnue, ce qui pose un réel problème de sincérité des provisions ainsi faites.

En outre, cette valeur à l’échéance dépend totalement du sérieux des pays pour se mettre en conformité alors même que le droit international ne prévoit aucun dispositif effectif de sanction. Ainsi le fait qu’un très grand nombre de pays vont totalement déraper par rapport à l’objectif qu’ils ont souscrit à Kyoto affaiblit encore d’avantage leur motivation à régulariser leur situation en acquérant des réductions de carbone.

En définitive, le seul cadre dans lequel les mécanismes de Kyoto peuvent fonctionner pleinement, est celui intérieur des Etats et de l’Union Européenne, c'est-à-dire là où existent des mécanismes de sanctions effectifs sur les entreprises (et dans ce dernier cas, sur les Etats).

Aujourd’hui, on assiste donc à un net recul de l’idée de taxe dans le débat international notamment à travers le refus américain de mécanismes de flexibilité dans des contextes présentant des effets d’aubaine excessifs (en faveur des pays émergents notamment) et de plus non assortis de capacités de sanction (ce qui facilite indubitablement du laxisme dans les contrôle sinon de la fraude).

 

o    Bilan sur les mécanismes

De l’expérience des mécanismes de Kyoto depuis 2005 peuvent être tirées d’importantes conclusions :

§  Premièrement, l’absence de résultat significatif sur la réduction effective des émissions du fait d’un effet d’aubaine, d’actions trop ponctuelles sans effet de levier et de nombreux abandons de projets ou de non aboutissement au plan de l’acceptation par le bureau exécutif du MDP. 

§  Le secteur bancaire s’est fortement impliqué dans ces mécanismes. C’est là un aspect positif mais celui-ci découle davantage de l’attrait pour de nouveaux mécanismes financiers sophistiqués davantage que de la volonté d’y consacrer les importantes masses financières nécessaires. Progressivement, chaque organisme ou établissement bancaire a mis en place un fonds climat, mais dont les activités restent généralement ponctuelles et de faible ampleur.

§  Il n’est pas possible de créer des mécanismes fongibles entre eux. C'est-à-dire rendre possible des échanges de carbone qui concerneraient tous ces mécanismes : les échanges de permis entre Etats, les échanges entre industriels là où de tels dispositifs semblables l’ETS européen existent, le MDP, la MOC, le REDD+… Cette fongibilité génèrerait en effet des basculements au profit des opérations les plus rentables dans les filières et les pays les plus avantageux et induirait le contournement les autres interventions souvent structurantes et déterminantes à terme. On a ainsi déjà constaté que les projets d’efficacité énergétique étaient délaissés pour le MDP par rapport à d’autres projets de taille unitaire plus importante et de rentabilité plus immédiate. Il faudra au-delà trouver une réponse au fait qu’à l’intérieur d’un même instrument, les coûts abattement du CO2 varient fortement d’un secteur à l’autre (entre l’industrie, les transports, l’agriculture, la lutte contre la déforestation notamment).

§  Les pays les plus dans le besoin (notamment les pays africains) ont peu bénéficié du MDP. A cela, des causes multiples : faiblesse institutionnelle, complexité des procédures, insuffisance  de capacité de Montage de projets, faible nombre d’opération de taille industrielle suffisante….

§  Les coûts de transactions de ces mécanismes sont très élevés. Ils constituent des charges importantes pour les pays et surtout pour le secteur privé. Ils sont donc dissuasifs en dehors des grandes opérations industrielles.

L’expérience acquise révèle en effet que :

§  Le seul marché au monde fonctionnant avec des volumes significatifs d’échanges de quotas est l’ETS européen concernant les industries de base et les grandes installations de combustion, car il bénéficie d’une gouvernance forte (directive européenne avec sanction possible sur les pays).

§  Les activités ayant bénéficié du MDP sont les filières caractérisées par des projets à la fois de grande dimension et rentables (secteurs industriels, décharges d’ordures ménagères, installations de production des gaz fluorés) au détriment des projets d’efficacité énergétique, d’énergies renouvelables (hors éolien et hydraulique) et de transport.

§  Les pays qui en ont bénéficié sont ceux qui ont construit une bonne capacité de montage de projets et qui ont une sécurité juridique minimale (essentiellement les grands pays émergents).

Une nouvelle critique se fait jour : l’effet de déclenchement d’actions réellement nouvelles est assez faible.

·         Les mécanismes de Kyoto sont des instruments non prévisibles car fondés sur des paiements à terme.

La crise des sub-primes a pointé le danger des mécanismes financiers qui présentent des processus auto-amplificateurs comme le calcul d’une valeur d’un bien immobilier sur la valeur de sa revente finale. Quand le marché s’effondre, la valeur de tous les biens de ce type chute simultanément, générant un mécanisme amplificateur et non pas statistiquement compensateur.

Les mécanismes de Kyoto s’apparentent au même principe puisque :

§  Tout le système repose sur la conviction que les pays se sentiront contraints à tenir à chaque échéance les obligations souscrites à Kyoto. Il faut malheureusement reconnaître que puisque la majorité des pays vont totalement déraper par rapport à leurs objectifs, ce type de pression va, à l’approche de 2012, être extrêmement faible (dans un contexte de crise économique et financière de surcroît).

§  Les échanges de carbone sont rendus nécessaires par les obligations qui pèsent sur les pays industrialisés à des échéances fixes, 2012 puis 2020. C’est donc à l’approche de ces échéances que la plupart des transactions se feront. Et c’est seulement à ce moment que sera connue la valeur du carbone de l’essentiel des transactions de chaque période. La valeur du carbone découle du niveau de contrainte d’émission fixé aux pays développés, mais cela uniquement tant que les pays se sentiront dans l’obligation au moins morale de remplir leurs obligations de réduction.

§  D’ici là, les entreprises devront provisionner dans leurs comptes, de nombreuses années à l’avance, une valeur estimée de ces transactions. Il y a donc un risque de surestimation ou de sous-estimation (volontaire ou non) dans les bilans des entreprises.

§  La volatilité de la valeur du carbone brouille surtout les anticipations économiques. Quelle valeur du carbone retenir dans la construction dans le plan de financement d’un projet ? Cette incertitude tend à annihiler toute motivation d’engagement d’investissement par le secteur privé quand la rentabilité est insuffisante. Cette invisibilité est davantage préjudiciable aux entreprises privées qu’aux acteurs publics.

 

  • Critique du MDP

Le MDP a été critiqué pour ses résultats inéquitables, qui vont souvent à l’encontre d’un développement socio-environnemental soutenable.

On remarque que les flux financiers du MDP se sont concentrés sur les projets les plus rentables, offrant le plus grand potentiel d’atténuation et donc de crédits. En conséquence, les projets d’efficacité énergétique, d’énergies renouvelables sont souvent passés à l’arrière plan.

La distribution géographique des projets CDM s’est elle aussi révélée inégale et inéquitable puisque les potentiels d’atténuation les plus accessibles se trouvent dans les pays en développement les plus développés, la Chine notamment. L’Afrique a peu bénéficié du mécanisme puisque le continent offre peu de potentiel en termes de projets d’atténuation rentables à court terme. En outre, il existe une sérieuse asymétrie d’information et, par conséquent, une distribution déséquilibrée.

 

  • Vers un renforcement du MDP ?

Le débat concernant le futur du MDP n’a pas encore été réellement abordé. Peu de pays évoquent le MDP dans leurs soumissions. D’ailleurs, une extension récente a été décidée avec la mise en place du MDP programmatique, dont on ne peut pas encore faire de bilan.

Les propositions sont les suivantes pour l’accord post-2012 :

·         Le marché international des émissions pourrait être étendu aux pays en développement ;

·         Pas d’utilisation des flexmex[2] ;

·         Le MDP pourrait continuer d’exister ;

·         Instaurer un CDM Gold Standard intégrant des préoccupations de développement durable;

·         Limiter le nombre de crédits à obtenir par projet afin de minorer l’effet durable d’aubaine des projets les plus rentables;

·         Des quotas par pays de projets MDP ;

·         Une pré-évaluation du projet sur des indicateurs de développement durable, plus ou moins grande selon les besoins ;

·         CDM sectoriel : risque d’affaiblir l’intégrité environnementale de chaque projet ;

·         Les projets MDP doivent prendre en charge la composante adaptation (quand elle existe) ;.

·         Le MDP comme outil de mise en œuvre des NAMAs.

Proposition de WWF pour le conseil de printemps de l’Union Européennel : une réforme du CDM ne doit pas cibler les actions à bas coût que les PED devraient financer partiellement. Le rôle des pays développés est justement de financer les actions à coût élevé que les PED n’ont pas les moyens de financer. Il faut mettre en place une série d’indicateurs stricts pour l’obtention de crédits carbone. WWF soutient la proposition européenne d’un MDP programmatique étendu.

 

Proposition de l’UNEP : un mécanisme de transport propre

Dans sa soumission du 24 Juin, le PNUE propose d’élaborer un mécanisme de transport propre (MTP) sur le modèle du MDP : les pays en développement recevraient une compensation financière (ou sous forme de crédits carbone) en échange de la mise en œuvre d’activités d’atténuation dans le secteur des transports. Une approche programmatique serait à privilégier mais à l’unique condition que les pays industrialisés aient pris des engagements plus contraignants.

Cette proposition devrait faire l’objet d’une étude approfondie, et devrait envisager une action sur les émissions aériennes et maritimes : une taxe qui financerait la compensation financière ou pour un autre fonds. Le Bangladesh propose, à ce sujet, une taxe verte sur les billets d’avion « green levy on air fares ».

 

L’Australie soutient le renforcement des flexmex dans le prochain accord, dans l’idée de renforcer les objectifs de tous les pays. Le MDP ne suffit pas et n’encourage pas la prise d’objectif d’atténuation des PED. Il faut revoir le mode de gouvernance pour faciliter le flux de crédit.

Les flexmex peuvent être développés comme suit :

§  Sectoral crediting

§  Sectoral trading

 

L’Union Européenne propose la prise en charge au titre des mécanismes de Kyoto dont le MDP comme instrument de réalisation de programmes sectoriels dans le cadre des NAMAs pour le financement de projets. Il s’agirait de mécanismes volontaires de type no-lose targets, donc avec chiffrage d’objectifs pour un ou plusieurs secteurs au périmètre bien défini, avec une échéance précise.

 

Outre un refus des américains de souscrire au protocole de Kyoto pour les raisons qui précèdent, les risques d’échec sont les suivants :

§  Un niveau relativement faible des engagements contraignants des pays industrialisés qui réduirait fortement la valeur du carbone et l’attrait d’investissements via le MDP et la MOC.

§  Un blocage de la négociation sur les mécanismes serait d’autant plus grave que les autres moyens de financement seraient insuffisants. 

Il faut donc creuser dans la négociation les options suivantes :

§  Un renforcement de la gouvernance des mécanismes.

§  Leur adossement à des mécanismes assuranciels comme un fonds de stabilisation.

 

o    Quels freins et propositions sur le financement

De ce qui précède, il résulte les constats suivants :

§  On ne peut envisager un système essentiellement fondé sur des contributions volontaires de la part des pays industrialisés tant les rancœurs des PED sur les promesses non tenues par les pays industrialisés se sont accumulées depuis Rio ;

§  De nombreux mécanismes de financements s’avèrent complexes (en administration) et donc peu fiables car les moyens mis en place risquent d’être insuffisants pour éviter les fuites ;

§  D’autres sont peu prévisibles ou aléatoires, ils ne peuvent construire la confiance nécessaire. C’est donc bien la confiance et la prévisibilité qui vont être les facteurs déterminants entre les différentes options financières ;

§  La mise en place d’une taxe mondiale n’est pour le moins pas attendue comme une solution envisageable. Un refus sur la proposition suisse ne peut donc induire un échec de la négociation. L’intérêt de la proposition de taxe pourrait aller à l’inverse grandissant à mesure que les autres voies de financement s’avèreraient impraticables ;

§  La proposition de taxe est compatible avec la proposition mexicaine de fonds. Elle peut également être complémentaire avec la proposition d’enchère norvégienne ;

§  L’extension des prélèvements effectués sur les mécanismes de Kyoto risque de se heurter au même refus qu’à Poznań (au-delà de celui existant sur le MDP) ;

§  Il n’y aura pas d’annonces financières globales tant que les pays industrialisés seront en récession. La sagesse impose de considérer que la discussion financière s’étirera d’ici à fin 2010.

A ce stade, les options suivantes sont envisageables :

§  Mettre en place, sans attendre, une contribution financière de la part des pays industrialisés pour la période 2010-2012 ;

§  Réfléchir à l’articulation des différents modes de financement avec un noyau de ressources stables (aide publique au développement, enchère ou taxe) ;

§  Approfondir la question du mix de ressources financières (publiques et privées) les plus appropriées en fonction des différents secteurs ou types d’intervention ;

§  Renforcer les argumentaires économiques concernant l’avancée en direction d’une société à bas niveau de carbone, pour les PED comme pour les pays industrialisés, notamment les bénéfices en termes de gains de productivité, de relance économique, de création d’emplois et d’augmentation du niveau de vie ; il est essentiel de mettre en évidence les projets rentables et d’y attirer les financements privés ;

§  Les mécanismes de base à privilégier devraient réunir les qualités suivantes : Simplicité, Prévisibilité, Equité ;

§  Le système retenu doit permettre une négociation internationale claire et régulière.

 

IV. REFLECHIR A LA FORME JURIDIQUE DE L’ACCORD POST-2012

 

A. Préparation des amendements au Protocole de Kyoto et des apports pour un nouveau protocole additionnel à la Convention cadre

La situation est confuse. Le refus américain du protocole de Kyoto est peu fondé sur des arguments. Cela signifie-t-il qu’il constitue une posture de négociation visant à obtenir des amendements significatifs ou des positions définitives ? Il est difficile de répondre à cette question. Cette situation confuse oblige donc à préparer une option à deux protocoles séparés.

Les soumissions des pays présentées en février-mars puis en avril-mai permettent d’éclairer les différents points de négociation précédents. Il n’est va pas de même concernant la formulation du contenu d’un éventuel nouveau protocole. Les soumissions des pays marquent une position d’attente sur le sujet de la forme juridique du texte à préparer pour Copenhague.

Le calendrier de présentation de contributions nationales est de plus très contraint :

Sur la base des soumissions déposées par les pays en avril, les présidents de l’AWG-KP, José Machado, et celui de l’AWG-LCA, Michael Cutajar, ont présenté un nouveau rapport mi-mai. Ce rapport constitue maintenant la base pour la discussion au SBSTA de Bonn permettant d’amender le Protocole de Kyoto et de rédiger un nouveau protocole additionnel à la Convention intégrant les Etats-Unis et incluant les nouveaux apports de la négociation depuis Kyoto (déforestation, transferts de technologies, NAMAs). Les pays devront déposer leurs modifications au rapport Cutajar auprès du secrétariat de l’UNFCCC pour le 17 juin.

 

o    Le retour des Etats-Unis dans Kyoto ?

Le refus de revenir dans le Protocole de Kyoto exprimé officiellement par Todd Stern à Bonn n’a pas été explicité précisément.

L’argument initial de l’administration Bush résidait dans le rejet des engagements de réduction fixés à Kyoto (-7%). L’argument invoqué cette fois-ci par les Etats-Unis découlerait du refus des mécanismes de Kyoto, alors même qu’ils avaient été introduits par eux lors de cette conférence, utilisés au plan international alors que les conditions de gouvernance nécessaires à une bonne mise en œuvre ne sont pas réunies. Ces mécanismes, l’administration américaine les défend pour une utilisation interne au pays, dans lequel il existe des mécanismes de vérification et de contrôle fiables. L’opposition américaine découle d’une grande méfiance quant à l’utilisation de l’argent d’aide publique au développement, dont on connait la faible acceptation par l’opinion publique américaine et le Congrès.

 

Il est permis de s’interroger sur le fait que le refus par les Etats-Unis du Protocole de Kyoto pourrait ne pas être catégorique. Il faut donc vérifier précisément les points de refus définitifs. Cette position pourrait être une posture de négociation qui vise à poser des conditions pour leur retour.

Mais, complication supplémentaire, un changement de position américaine au delà de la fin mai ne permettrait plus de modifier les textes à portée juridique pour Copenhague.

 

o    La nature des propositions juridiques à étudier

Dans le cadre du Protocole de Kyoto

§  L’extension du MDP et la simplification des procédures pour les petits projets ;

§  Le renforcement des capacités ;

§  L’extension du mode de financement du fonds du Protocole sur l’adaptation.

Dans le cadre d’un nouveau protocole additionnel à la Convention

La plupart des pays s’accordent sur le fait que le nouveau dispositif devrait être juridiquement contraignant. Il porterait sur :

§  L’accord sur une vision partagée ;

§  La mise en place des actions d’adaptation ;

§  Une structuration possible des NAMAs à partir des nomenclatures des catégories d’actions déjà identifiées ; les modalités de déclaration, d’approbation et de financement des NAMAs. Les principales questions portent sur la maîtrise par les pays de l’élaboration de leur NAMAs, sur la constitution paritaire de l’instance de décision, sur les règles de financement ou encore sur l’organisme dépositaire des fonds ;

§  Une nomenclature des modes de financement possibles des actions selon leur degré de rentabilité ;

§  Les propositions portant sur la mise en œuvre de REDD + concernant la déforestation et la dégradation des forêts ;

§  Les modalités de transfert des technologies, les actions de renforcement des capacités et de formation ;

§  L’application des dispositions du Plan d’Action de Bali concernant le caractère « mesurable, rapportable et vérifiable » des actions des pays industrialisés ;

§  La proposition de modes de financement pour le nouveau régime post 2012 : dotations budgétaires, taxes, enchères, prélèvement sur les mécanismes, contributions volontaires ;

§  Les mécanismes de gouvernance nécessaires pour les nouveaux instruments.

 

Le Japon et les Etats-Unis ont chacun fait une proposition de texte.

Le Japon a proposé un nouveau protocole très complet, et sur le même format que celui de Kyoto.

Les Etats-Unis proposent un texte additionnel à la convention : le « Copenhagen agreed outcome »

 

B.  Les amendements à préparer

 

E  Il s’agira ici de reprendre sans un tableau final les points qui pourraient faire l’objet de propositions d’amendements. Cette rédaction sera totalement à reprendre à partir du texte de M. Cutajar.

 

Les propositions majeures émises

§  Un délai de rattrapage de dix ans pour les pays industrialisés hors trajectoire ;

§  Une phase pilote pour les NAMAs sur la période 2010-2012 ;

§  Le soutien aux initiatives locales, infra-nationales et aux groupements régionaux ;

 

 



[1]  « Une approche globale visant à limiter le changement climatique doit inclure des approches politiques doublées d’incitations positives dans le traitement de questions touchant à la réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts dans les pays en voie de développement» (BAP, 2007).

[2] - raccourci pour mécanismes de flexibilité du protocole de Kyoto (échanges de quotas, mécanisme de développement propre et mise en œuvre conjointe).